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Italie - Cumes, l'antre de la Sibylle

La ville antique de Cumes, située à l'ouest de Naples en Campanie, non loin des champs Phlégréens, fut la première à être fondée par les Grecs dans cette partie de la péninsule, au VIIIème siècle avant notre ère. Le site ne fut pas choisi par hasard : une haute colline permet, à quelques encablures de la mer Tyrrhénienne, de dominer le paysage ; par ailleurs, le terrain autour de la plaine campanienne est très fertile. Les Romains, plus tard, se sont installés à Cumes. Il reste de beaux vestiges de cette riche période historique : les habitants édifièrent deux temples dédiés à Zeus et Apollon (tous les deux reconvertis par la suite en basilique paléochrétienne), dont le dernier est situé au sommet de l'Acropole (vue magnifique !) que l'on atteint après avoir emprunté la belle Via Sacra pavée. Mais, surtout, la cité de Cumes est célèbre depuis l'Antiquité pour abriter l'antre de la Sibylle, un long couloir souterrain au fond duquel la prophétesse recevait les voyageurs venus jusqu'à elle pour leur livrer sa vision de l'avenir. C'est donc une visite très intéressante à faire, dans un cadre bucolique, avec une vue extra.
Cumes, Campanie
La vue du sommet de l'Acropole, où se trouve le temple d'Apollon, est magnifique, et permet de bien saisir l'importance de l'emplacement en hauteur choisi pour établir cette ancienne cité grecque. A droite en arrière-plan, l'île d'Ischia.

Le tournant historique de la ville de Cumes, appelée également "paléopolis", ou la vieille ville, fut lors de la guerre de Cumes contre les Etrusques, durant laquelle les habitants, alliés à Syracuse, réussirent à repousser les descendants de Tarquin le Superbe, dernier roi légendaire de Rome. Une partie des habitants est alors partie fonder une nouvelle ville : "Neapolis", plus connue sous le nom de... Naples !

Cumes
La ville est une acropole, construite en hauteur pour des raisons évidentes de sécurité, au sommet d'une colline appelée Mont Cumes. Il y a donc deux parties bien distinctes, la haute, la plus ancienne, et la basse, au niveau des plaines agricoles, qui s'est développée plus tardivement, les deux parties étant reliées par la Via Sacra. Signalons enfin que chacune des deux parties était protégée de murailles.

Cumes est donc avant tout la cité de la Sibylle. Mais qui est donc cette mystérieuse prêtresse ? Déjà, il faut parler de sibylles, car il y en a eu plusieurs dans l'Antiquité. Ces femmes, reliées au culte de la déesse Cybèle, avaient le don de prophétie. Parlant à la première personne, donc revendiquant leurs prédictions, elles exprimaient leurs oracles aux visiteurs dans un langage toujours énigmatique qui laissait plusieurs interprétations possibles. On parle d'ailleurs d'un discours sibyllin quand une personne ne dit pas clairement les choses. Il y a plusieurs exemples célèbres dans l'Antiquité de ce double discours : à un chef de guerre venu s’enquérir de l'issue d'une bataille navale le lendemain, il lui fut répondu que cela serait une immense victoire. Fort de cette réponse, il s'en va au combat, subissant une de ses pires défaites... L'oracle avait bien prédit une grande victoire, mais sans préciser pour qui... Autre exemple de réponse faite à un soldat par la sibylle : "Ibis redibis non morieris in bello", qui se traduit par "Tu iras tu reviendras tu ne mourras pas au combat"... sauf que la phrase a un double sens en fonction de l'endroit où l'on place la virgule... cela peut être rassurant si la pause est derrière le reviendras, mais beaucoup moins derrière le "non" latin : tu ne reviendras pas et tu mourras en guerre... Quoi qu'il en soit, ce culte de la sibylle montre l'importance extrême que l'on portait à l'époque à la divination. Ces prophétesses sont vénérées car elles sont le lien entre les mortels et le divin, porteuses de messages. L'Antiquité en connait douze différentes, et l'une des plus célèbres, qui faisait se déplacer les foules, est celle de Cumes, ne serait-ce que parce qu'elle apparaît à plusieurs reprises dans l'Eneide de Virgile, qui semble en être l'"inventeur".

Ville basse - antre de la Sibylle

La Sibylle ne pouvait exercer son art divinatoire qu'au fond d'une grotte, car l'espace souterrain représente le lien entre monde des mortels et monde des dieux. La cavité est située au fond d'un long couloir de 131 mètres, le dromos, qui fut taillée en forme de trapèze par les grecs dans la pierre locale, le tuf. Six ouvertures ont été aménagées au long de ce couloir. L'antre a servi de cimetière à l'époque paléochrétienne. Bon, pour tout dire, les archéologues pensent que le couloir a été creusé bien plus tard, et remettent en doute l'existence même de cette sibylle, uniquement mentionnée par Virgile. Nous serions donc plus en présence d'un mythe qu'autre chose, mais qu'importe, le lieu fut important.

antre Sibylle Cumes
Le début du long couloir conduisant à l'antre de la sibylle. On voit bien la forme trapézoïdale creusée dans la roche. 


inscription Cumes

A gauche : Une plaque en marbre à l'entrée du site rappelle que c'est à Virgile, dans l'Enéide, que l'on doit la mention de cette Sibylle. Voici la traduction du texte latin : "Sur le grand flanc de la falaise d'Eubée est creusée une caverne sur les côtés de laquelle débouchent cent rues, cent portes, et d'où sortent autant de voix que les réponses de la sibylle". 

A droite : Il faut traverser la falaise de tuf pour accéder à la partie basse de Cumes. Le tuf est une roche volcanique facile à tailler et percer, que les anciens utilisaient pour la construction.

antre de la Sibylle Cumes
L'antre proprement dite de la Sibylle : c'est ici qu'elle aurait professé ses oracles, devant une foule toujours plus importante. 

Ovide raconte une jolie histoire sur la Sibylle dans ses célèbres Métamorphoses. La prophétesse, une mortelle, a provoqué un jour une vive passion du dieu Apollon, qui est tombé fou amoureux d'elle. Afin de la séduire, le dieu lui proposa de réaliser son voeu le plus cher. Elle opta pour vivre aussi longtemps qu'il y avait de grains de sable dans une poignée, en omettant de dire qu'elle ne souhaitait que des années de jeunesse. Apollon ne réussit jamais à la séduire et, pour se venger, lui accorda bien toutes les années, mille au total, mais en la laissant vieillir et dépérir, jusqu'à ce qu'elle soit toute ratatinée et tienne dans une bouteille suspendue au plafond de son antre...

Ville haute - acropole

La ville haute possède deux temples reliés par la voie sacrée et, comme souvent au sommet d'une acropole, une vue magnifique. En l’occurrence sur la mer Tyrrhénienne et la plaine.
Il y a d'abord le temple d'Apollon, sur une terrasse occupée depuis très longtemps par la population (village de huttes dès le Xème siècle avant notre ère). Une inscription retrouvée sur place, en osque, nous indique que ce temple était dédié à Apollon, mais il est en mauvais état, les pierres ayant été utilisées pour d'autres constructions.  Il ne reste que la base rectangulaire. Par la suite, comme pour le temple de Zeus plus haut, il fut utilisé comme basilique paléochrétienne. On a retrouvé des traces de fonts baptismaux.

temple d'Apollon Cumes
restes du temple d'Apollon, terrasse inférieure


Cumes Italie
Vue de l'acropole de tuf
Panorama sur Ischia depuis la première terrasse Cumes
Panorama sur Ischia depuis la première terrasse.


Via Sacra

Il s'agit de la route pavée permettant de rejoindre la partie médiane au sommet de l'acropole et du Monte Cuma. Elle est remarquablement bien conservée.

Via sacra Cumes
Via sacra.

Acropole - partie haute

De là-haut, superbe vue assurée ! On comprend pourquoi les Grecs ont construit ici...
Un autre temple vous attend, celui de Jupiter (Zeus pour les Grecs). Là aussi il ne subsiste que la base du monument d'origine, avec néanmoins des vestiges du mur d'enceinte ainsi qu'une rangée de colonnes surmontées d'arcs. C'est un bel endroit calme et bucolique, une invitation à se plonger dans ce passé lointain, loin du bruit de Naples tout proche. Nous avons adoré !

temple de Jupiter Cumes
temple de Jupiter Cumes


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Italie - Cumes, l'antre de la Sibylle Italie - Cumes, l'antre de la Sibylle Reviewed by RENOULT on 15 novembre Rating: 5

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