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Indonésie - Java, parc national de Baluran



Le parc national de Baluran est situé à l’extrémité orientale de Java, face à l’île de Bali, et occupe une aire de 250 km². En son centre, le mont Baluran (1247 mètres) domine une terre de savane sèche qui fait de ce parc un petit morceau d’Afrique. Les acacias sont l’espèce végétale la plus largement représentée ; d’immenses incendies pèsent chaque année sur l’ensemble de la réserve, et les moyens pour lutter sont rudimentaires. Nous avons discuté de ce fléau avec les rangers qui nous ont avoué être totalement impuissants avec leurs motos et leurs seaux d’eau, et que bien souvent il fallait laisser l’incendie s’éteindre tout seul…

un périophtalme dans la mangrove


Le parc protège encore de belles populations d’animaux : – des bantengs (Bos javanicus), bovidés propres à diverses régions de l’Asie du sud-est ; c’est un buffle de grande taille, apparenté au gaur. Il présente un remarquable dimorphisme sexuel, le mâle portant une robe sombre, avec des « chaussettes » blanches, la femelle étant d’un beau brun roussâtre. C’est un habitant extrêmement timide des vastes jungles de plaine. Il ne se montre en lisière de la forêt que tard le soir pour aller brouter les clairières. Le banteng a des cornes aux pointes fines et acérées, recourbées vers l’intérieur; les cornes des femelles sont nettement moins développées. – des ajags (Cuon alpinus), chiens sauvages à la tête de renard (on en verra plusieurs venir s’abreuver près d’une mare). – cerfs sambar et des cerfs muntjac – deux espèces de singes - cochons sauvages - de nombreuses espèces d’oiseaux, malgré les captures inégales destinées à alimenter les marchés locaux et les volières : on notera que Baluran est l’un des derniers endroits où l’on peut venir admirer à l’état sauvage le Paon spicifère (Pavo muticus), le coq de Java (Gallus varius) et le coq bankiva (Gallus gallus), notre coq domestique. Nous verrons les trois espèces et beaucoup d’autres. La côte, quant à elle, est bordée de mangroves colonisées par les palétuviers (Rhizophora spp. et Sonneratia spp.) et qui sont le théâtre permanent d’une valse des espèces, toutes venant trouver refuge dans les lacis de racines tantôt immergées tantôt aériennes (pneumatophores sortant de la vase pour éviter l’asphyxie).


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1 -  Nous avons passé trois jours complètement paradisiaques dans le parc de Baluran, avec une plage de rêve pour nous seuls, à Bama Beach : un bungalow en bois sur le sable, à vingt mètres d’une eau chaude et encadrée par une barrière de corail. La belle idée de Julien ! Nous avons pu nous adonner nuit et jour aux observations de la nature, avec une mare à une minute de là, les mangroves… Pour y accéder il faut une petite heure à l’arrière d’une moto conduite par les rangers qui vous laissent à la plage. Il faut être en autonomie avec la bouffe. Deux autres rangers dorment dans une petite cabane et mettent l’électricité le soir avec un générateur. Nous prendrons deux ou trois bains pour aller voir les poissons tropicaux et passons l’intégralité du temps à chercher les p’tites bêtes. D’ailleurs ce sont souvent elles qui viendront nous chercher, dans la chambre !! Entre les souris, les geckos et les macaques qui viennent le soir taper à la porte et envahir la plage, nous étions servis ! Sans compter les loutres qui traversèrent un matin le long de la plage pour aller vers les mangroves (que l’on observe en arrière-plan de la photographie).

2 -  Mangroves non loin de notre bungalow. La mangrove est une véritable interface entre le milieu marin et le milieu terrestre et se développe dans des conditions très particulières : ennoiement quotidien par les marées, salinité de l’eau et du sol variable d’un lieu et d’une saison à l’autre, hydro-dynamisme à l’abri de la forte houle, sols pauvres en oxygène, et fortes températures. La richesse écologique y est exceptionnelle.

Coucher de soleil sur le parc de Baluran ; David à côté d’une mangrove à Rhyzophora sp. : on distingue parfaitement les nombreuses racines qui viennent ancrer solidement l’arbre au sol. A marée haute l’eau noie ces racines et vient au niveau du feuillage.


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1 - Les observations ornithologiques se poursuivent jusqu’à ce que la nuit ne s’installe complètement
2 - ophiure (Ophiura sp.)
3 - Julien s’appuie sur un bénitier rejeté sur la plage ; plage constituée comme on le voit de débris calcaires : nous sommes bien sur une barrière de corail, malheureusement en mauvais état.
4 - dans la mangrove

L’ophiure (ci-dessus) est un animal à cinq bras garnis de petits piquants appartenant à l’embranchement des échinodermes, on le trouve généralement sur un fond sableux ou tapi sous un rocher. Les bras sont trois fois plus grands que le disque central. L ´ophiure est un prédateur extrêmement actif et vorace, qui peut parfois devenir charognard. Elle chasse la nuit.

Macaca fascicularis. Le macaque a été pris depuis la porte d’entrée de notre bungalow. Tous les soirs ils venaient faire un petit tour en envahissant la plage. D’un caractère agressif, ils accompagnaient nos sorties dans la forêt.


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1 - : A la chasse au périophtalme, dans la boue, Julien guette ces étranges petits poissons ainsi que les innombrables crabes qui vivent enfouis dans des galeries.

2 - Crabe Uca coarctata. Les crabes terrestres du genre Uca, ou crabes violonistes, sont largement répartis dans les pays tropicaux du monde et se distinguent par les pinces dissymétriques du mâle qui possède une toute petite pince de un à deux centimètres et une autre beaucoup plus grande, rouge généralement. Ils peuvent construire des galeries s’enfonçant jusqu’à un mètre sous le sol ; cela est même une nécessité pour eux afin de rejoindre un sol sec, au-delà de la boue recouverte par la marée haute. On voit parfaitement la grosse pince du mâle sur la photo qui a nécessité une attente de longues minutes afin de se fondre dans le paysage et d’habituer les crabes à notre présence.

Periophtalmus sp. ; le périophtalme est… un poisson ! mais oui… seulement, il est incapable de passer plus de 10 minutes sous l’eau car il est adapté à la respiration aérienne : on le voit donc toujours en train de se bronzer sur des cailloux ou sur la vase. Sous le ventre il possède une grosse ventouse qui lui permet d’adhérer à n’importe quelle surface (rochers humides, branches de palétuviers dans les mangroves…). Le périophtalme ne nage pas vraiment, il saute et rampe ! Attendant patiemment ses proies (insectes et petits invertébrés) du haut de son perchoir, on ne peut que difficilement le voir car il se fond dans le paysage environnant. Ses gros yeux globuleux situés au sommet du crâne lui permettent d’avoir une vue aérienne. Quand la proie est en vue (ou lorsque qu’un gros humain essaie de le prendre en photo) il se propulse alors à l’aide de ses nageoires pectorales (bien visibles sur les photos), véritables « pieds ». Un bien curieux poisson…

Periophtalmus sp.

petites observations nocturnes…
Splendide gecko à points rouges : Gekko gecko – le gecko Tokay (ou commun), à la taille respectable (environ 20 centimètres) que l’on avait dans notre chambre pour nous tenir compagnie. On s’est longtemps demandé quel animal hurlait le soir, un bruit vraiment étrange de gros crapaud, et bien c’était lui, le gecko !


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1 - Fejervarya cancrivora (crab eating frog)
2 - Exemple de mimétisme en direct chez ce crabe marin pris de nuit, Calappa hepatica.
3 - Alerté, il se rentre dans son corps en forme de coquillage… dans le sable, il passera inaperçu.
4 - Diadema setosum, un oursin régulier vivant sur un substrat dur (rochers ou corail).

L'oursin crayon Echinothrix calamaris est un oursin fouisseur chassant la nuit et passant le jour dans le sable ; nous l’avons surpris de nuit, avec notre torche, dans une eau très peu profonde non loin de la mangrove.

Gerania bosci, un somptueux coléoptère que nous laisserons derrière nous en nous envolant pour Sumatra…
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Indonésie - Java, parc national de Baluran Indonésie - Java, parc national de Baluran Reviewed by RENOULT on 01 février Rating: 5

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