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Etats-Unis - le lac Mono, un enfer grouillant de vie, Californie


Le lac Mono, à l’Est du parc national de Yosemite, est un lieu étrange et fascinant. Situé dans une ancienne vaste caldeira, le lac, n’ayant aucun dévidoir naturel, est très salé et alcalin. Malgré les concentrations très hautes, le lac est inhabituellement productif, et sert de refuge et de lieu de migration à des millions d’oiseaux chaque année. Ses berges, et ses eaux, grouillent de vie, et les scientifiques ont même trouvé des bactéries totalement inattendues, qui nous renvoient aux origines de la vie. Par ailleurs, la berge Sud essentiellement est célèbre pour ses hautes concrétions de tuf, formées sous l’eau mais mises à jour suite à l’abaissement dramatique du niveau de l’eau, consécutif à des travaux de détournement pour alimenter la lointaine Los Angeles. Nous ne sommes qu’à 13 kilomètres à vol d’oiseau de Yosemite, et pourtant, quel changement !

Les fameuses concrétions de tuf, ou tufa, se sont formées par géothermie sous l’eau. Elles n’ont rien à voir avec le tuf volcanique. Cela crée un paysage fantastique, d’un autre monde !

Toute la région du lac Mono est volcanique, avec de la lave qui s’est épanchée sur des centaines de kilomètres carré. Il y a 750 000 ans, une gigantesque explosion de la chambre magmatique aurait accouché de la morphologie actuelle du terrain, avec cette vaste caldeira emplie d’eau, mais qui ne peut laisser repartir aucune rivière. Une vraie cuvette étanche. Mais les fameuses concrétions, elles, ne le sont aucunement, volcaniques : ce sont des argiles cimentés à la chaux hydraulique et qui s’érigent en hautes tours appelées tufa. Ces colonnes dures sont le résultats de la rencontre entre les eaux chaudes sous pression riches en calcium qui sortent de sous le lac, et les eaux froides chargées en carbone. Au final, la réaction cimente les particules d’argile dès leur sortie de la bouche. Les conduits sont entourés d’une épaisse et solide carapace de béton. Elles résistent à l’érosion et se dressent aujourd’hui hors de l’eau à cause de la diminution du niveau du lac depuis 1941, lorsque les eaux furent détournées vers l’aqueduc de Los Angeles. En fait, il faut rapprocher ces curieuses formations des tours minérales, riches en vie, que l’on trouve près des sources géo-thermales au fond des océans, près des dorsales !

Autre section de tufa dans la partie méridionale du lac.

Mono Lake possède une salinité extrêmement élevée, qui a varié au fil du temps en même temps que le niveau de l’eau. En 1982, lorsque le lac était au plus bas (1942m), elle était de 99g/l ! C’est considérable. Depuis, des efforts écologiques ont été entrepris pour enrayer une catastrophe annoncée et sauver le lac, vital pour des millions d’oiseaux. En 2002, avec la remontée du niveau à 1945m, la salinité était revenue à 78g/l et devrait se stabiliser autour de 70 dans les vingt ans à venir, avec l’objectif de 1948m. Par ailleurs, Mono Lake est un des lacs les plus alcalins au monde, avec un ph de 10 ! Il faut goûter l’eau du bout de la langue, c’est une sensation étrange car l’eau est « gluante » et accroche énormément.

Les colonnes tufa nous renvoient aux formations des grands fonds, près des dorsales. C’est la même formation.


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1 - d’anciens volcans témoignent de la zone exclusivement volcanique du bassin Mono
2 - panneau montrant le niveau du lac en 1931, avant le détournement des eaux…

aucune vie, donc ?

C’est là que l’histoire devient fascinante ! Avec un tel taux de salinité et un tel ph, on s’attendrait à ne rien trouver. Et bien c’est tout le contraire ! Alors bien sûr, il n’y a aucun poisson, aucun vertébré ne pouvant survivre dans de telles eaux. Mais… il y a une remarquable petite crevette, qui va être à l’origine d’une importante chaîne alimentaire ! Cette crevette, l’artémie de Mono (Artemia monica) est endémique au lac (elle n’existe qu’ici au monde). Et elle va servir de plat de résistance à de nombreux oiseaux… Plus fort encore, cette découverte de 2008 par une équipe de scientifiques, qui ont trouvé dans le lac une bactérie totalement inédite, dont la photosynthèse se réalisait grâce à l’arsenic ! Cette bactérie pourpre peut vivre sans consommer d’eau, mais en oxydant l’arsénite (forme dissoute de l’arsenic) pour fabriquer elle-même des molécules organiques. Les chercheurs pensent que cette bactérie ressemble à celles qui peuplaient l’océan primitif des débuts de la Terre… En 2010, une autre bactérie a été trouvée dans le lac et analysée par la Nasa, et vient confirmer le caractère unique de Mono Lake, puisque aucune autre forme de vie sur Terre ne pouvait comme elle croître en l’absence de phosphore mais en utilisant l’arsenic à la place ! Etrange lac, étrange…

Une Hirondelle à face blanche (Tachycineta thalassina) perchée sur un tufa

Un coyote - Canis latrans patrouille non loin du lac. Le coyote est bien plus petit qu’un loup mais plus rapide, et, s’il vit comme son cousin en meutes, aime souvent chasser seul. Très opportuniste, il se nourrit de ce qu’il trouve.

Attardons-nous sur le bord du lac. N’entendez-vous rien ? Une sorte de bourdonnement aigü. En regardant attentivement les rives, vous remarquerez bien vite que toutes les pierres émergées sont littéralement recouvertes de minuscules mouches, Hians ephydra, alcanophiles, qui ont adopté une stratégie très particulière : tout au long de l’été, les mouches, qui ne vivent que trois jours, pondent sur ou à la surface de l’eau. Les oeufs éclosent et les larves se nourrissent d’algues microscopiques et de bactéries. Ces larves n’ont nullement besoin de rejoindre la surface car elles tirent l’oxygène nécessaire de la photosynthèse des algues ! Ce n’est pas tout ! Une fois adulte, la mouche continue à plonger pour aller se nourrir, en se constituant sous le corps une petite bulle d’air, comme une bouteille d’oxygène ! Les oiseaux raffolent de ces mouches bien entendu, et cela leur fait un complément, parce que trop de crevettes, hein… Les habitants de la région, le peuple Kucadikadi, raffolaient des pupes des mouches et les récoltaient dans les eaux peu profondes car, riches en graisses et en protéines, elles accompagnaient parfaitement les ragoûts. Incroyable histoire non ?

les fameuses héroïnes de notre histoire, les mouches Ephydra hians, dont le lac Mono constitue leur bastion principal : aucun cm² sans mouche !


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1 - Goéland de Californie – Larus californicus
2 - un bruant de Brewer
3 - Quiscale de Brewer – Euphagus cyanocephalus
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Etats-Unis - le lac Mono, un enfer grouillant de vie, Californie Etats-Unis - le lac Mono, un enfer grouillant de vie, Californie Reviewed by RENOULT on 13 janvier Rating: 5

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