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France - Conques et son abbatiale

 En plein coeur de l'Aveyron, lové parmi les collines boisées, voici Conques, que nous avions envie de visiter depuis longtemps, notamment pour sa fameuse abbatiale avec son superbe tympan. Ce que nous ignorions, c'est combien le village dans son ensemble est extraordinaire ! C'est tout bonnement un des plus spectaculaires que nous ayons eu l'occasion de visiter en France. En pénétrant dans ses ruelles serrées, on est littéralement plongé dans le Moyen-Age, car rien ne semble avoir changé, l'harmonie des maisons est totale ! Sur un des chemins menant à Saint-Jacques de Compostelle, Conques est surtout connue pour son abbatiale Sainte-Foy et son formidable tympan roman du XIème siècle qui a tant à raconter.

vue de Conques
L'arrivée sur Conques par les hauteurs offre une vision d'ensemble du village médiéval avec ses maisons rassemblées autour de l'imposante abbatiale. 

Le village a été bâti à la confluence de deux rivières qui forment une sorte de "coquille" naturelle, d'où le nom de Conques. C'est dans cette terre de schiste que furent élevées une à une les maisons autour de la grande abbatiale. Si le site semble occupé depuis le Vème siècle, c'est au IXème que survient l'événement capital qui fera la renommée du village : une moine réussi à voler les reliques de Sainte Foy dans une abbatiale près d'Agen, déclenchant une série de miracles et très vite la venue de nombreux pèlerins. Durant des siècles, l'abbatiale va se renforcer, surtout à partir du XIème siècle puisque Sainte Foy est la patronne de la Reconquista espagnole.


Conques Aveyron
Deux ruelles du village : on est littéralement sous le charme des lieux, avec une harmonie dans les constructions absolument parfaite ! On pourrait tourner un film médiéval sans presque rien changer...

Sainte Foy est une martyre chrétienne brûlée et décapitée par les romains sous le règne de l'empereur Maximien. Alors âgée de 13 ans, elle était originaire d'Agen. Lorsque le moine Aronisde vola ses restes pour les amener à Conques, alors en manque de reliques, très vite les pèlerins affluèrent pour venir prier sur ses restes, d'autant que Conques est située sur une des voies principales du pèlerinage de Saint-Jacques (via Podiensis). Sainte Foy connut une gloire posthume impressionnante et les espagnols l'exportèrent dans les Amériques lors de leurs différentes conquêtes. On compte aujourd'hui en Amérique latine des dizaines de villes nommées Santa Fe, dont la plus célèbre au Nouveau-Mexique.


Conques arrière abbatiale
Arrivée sur l'arrière de l'abbatiale.

 
Une ruelle de Conques.
Une ruelle de Conques.

 
 
Autour de l'abbatiale.

 
Autre ruelle médiévale.



Conques est vraiment un excellent exemple de bourg monastique ayant pris son essor grâce à la construction de son coeur religieux ; ainsi, dès le début des travaux de l'abbatiale, une foule importante de travailleurs est arrivée de toute la région, si bien qu'on estime à 3300 habitants la population du village dès le XIVème siècle. Il faut dire qu'il en faut du monde pour bâtir un tel édifice, entre les tailleurs de pierres ou la main-d'œuvre. 

C'est Prosper Mérimée qui "redécouvrit" le village au XIXème siècle, totalement laissé à l'abandon. Alors inspecteur des monuments historiques, il a été ébloui par le potentiel de Conques : "je n'étais nullement préparé à trouver tant de richesses dans un pareil désert", écrit-il. Un désert, pas si sûr, avec l'épaisse végétation des collines, l'ensoleillement important de ce côté de la colline et un grand nombre de sources pour apporter l'élément le plus précieux. 

L'abbatiale depuis le haut du village.

Un vrai décor de film...


Parlons un peu de cette fameuse abbatiale Sainte-Foy. C'est un édifice de pèlerinage, puisque placé sur la route de Saint-Jacques de Compostelle, et son tympan demeure un des plus beaux exemples d'architecture religieuse romane, ce qui lui vaut son classement au patrimoine mondial de l'humanité à l'Unesco.
La façade, massive, est surmontée de deux tours qui ne furent achevées qu'au XIXème siècle. Au centre, le portail principal avec le fameux tympan

abbatiale Conques
L'abbatiale semble totalement étouffée par les maisons médiévales qui veulent s'en approcher au plus près. 


Le tympan dans son ensemble relate aux fidèles une parousie, c'est-à-dire la seconde venue du Christ sur Terre après sa naissance. Il raconte l'histoire du Salut et du Jugement Dernier d'après l'Evangile de Saint Matthieu. Au total, le maître de Conques a sculpté plus de 120 personnages sur plusieurs tableaux et trois registres horizontaux bien délimités : 

- le registre inférieur met en scène le monde souterrain, séparé en Paradis et Enfer.
- le registre médian, le monde terrestre avec d'une part la procession des élus et d'autre part les pécheurs n'ayant pas encore reçu leur Jugement
- le registre supérieur enfin, ou monde céleste, domaine de l'intemporalité.

tympan Sainte Foy Conques
Vue d'ensemble du tympan avec les trois registres bien délimités. Notez le nombre incroyable de détails pour ces sculptures datant de 1000 ans ! 


Débutons par la partie inférieure : la partie gauche, nous l'avons dit, représente le Paradis présidé par Abraham entouré de nombreux martyrs. Vers le centre, on voit bien la fameuse porte du Paradis, ou porte de la Jérusalem céleste, avec un Ange qui accueille les nouveaux arrivants. C'est surtout la partie droite, l'Enfer, qui est la plus saisissante ! Quelle imagination de la part de l'artiste ! Les détails sont partout : Démons hirsutes, damnés engloutis dans la gueule du Léviathan, péchés capitaux tous personnifiés (l'Orgueil est désarçonné d'un cheval, la Luxure est une femme nue liée au cou à son amant, l'Avarice est pendue par un Démon avec la corde de son sac d'or, la Paresse est écrasée par Satan et a ses pieds léchés par un crapaud (!!), la Médisance voit sa langue arrachée par un Démon, la Gourmandise avec son ventre rebondi est plongée dans un chaudron... Il y encore plein d'autres détails comme dans cette scène incroyable dans laquelle le Démon tente de tricher lors de la pesée des âmes (voir photo plus bas). 

Détails des scènes de tortures qui se déroulent ici-bas en Enfer. Nul doute que ces scènes devaient effrayer les pèlerins qui venaient les voir avant de pénétrer dans le sanctuaire...

tympan abbatiale de Conques
L'artiste de Conques s'est fait plaisir en offrant une quantité de détails incroyable, et certains très drôles. Visez-un peu cette scène : lors de la pesée des âmes  orchestrée par l'archange Saint Michel à gauche, un démon à droite tente de tricher en appuyant sur la balance de son index, mais il échoue car il ne remporte pas la pesée... Beaucoup d'humour donc au milieu de ces scènes de chaos...


Passons au registre médian. C'est le domaine du Christ en Majesté, avec à sa droite les Elus au Paradis et les condamnés en Enfer à sa gauche. Ainsi, parmi les élus, s'avancent Marie et Saint Pierre suivis d'autres personnages certainement en lien avec l'abbatiale. En Enfer, de mauvais moines ont déjà la corde autour du cou et sont poignardés par des démons. 

Le Christ en majesté entouré de l'Enfer et du Paradis. 

 
Dans le registre inférieur, la porte de Jérusalem ouvre sur le Paradis.

 

Le vaste intérieur de l'abbatiale a la forme d'une croix latine avec des chapelles rayonnantes. L'ensemble est assez ramassé et très sobre, sans décoration, hormis certaines voûtes. Un déambulatoire permettait aux fidèles de faire le tour du choeur afin d'aller admirer les reliques de Sainte Foy. 

nef abbatiale Conques
Nef de l'abbatiale de Conques, en pierre calcaire. 

Croisée et coupole.

Une chapelle dans l'abbatiale.

 

Il ne subsiste du cloître que quelques colonnes, mais très bien conservées. Il fut construit dès la fin du XIème siècle avec une véritable profusion de chapiteaux ; il en reste une vingtaine aujourd'hui.

cloître Sainte Foy Conques
Les baies géminées de la galerie occidentale, la seule encore debout de nos jours. 

Détail d'un des chapiteaux richement décorés. 





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France - Conques et son abbatiale France - Conques et son abbatiale Reviewed by RENOULT on 02 octobre Rating: 5

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