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Indonésie - les plantes tropicales, un besoin d'adaptation

les plantes tropicales, un besoin d'adaptation


Les plantes tropicales, qui ne vivent qu’avec 1% de l’intensité lumineuse, doivent tout de même faire avec et trouver des parades pour grandir et se nourrir. On aboutit à une multitude de stratégies adaptatives que l’on retrouve dans la forme des feuilles, leurs couleurs, par exemple. Ces quelques semaines passées au sein des forêts humides d’Indonésie nous ont permis d’être témoins de ces stratégies, et les quelques photos de cette page ont pour but d’illustrer d’une façon très simple comment les plantes des sous-bois ont évolué pour profiter au mieux de cette très faible énergie lumineuse. Pour des renseignements beaucoup plus poussés sur ce sujet passionnant, il faudra se référer au splendide livre du botaniste Patrick Blanc : Etre plante à l’ombre des forêts tropicales, ed. Nathan. 
fougères arborescentes du genre Cyathea

En forêt tropicale, l’important, c’est la lumière. Les immenses arbres qui réussissent à se frayer un chemin jusqu’à la canopée reçoivent la quasi-­totalité de l’énergie lumineuse. Ces « arbres émergents » constituent les piliers de la forêt. Ces troncs immenses qui s’élèvent vers le ciel peuvent être utilisés comme support par quelques épiphytes, comme les fougères Asplenium nidus, qui créent alors un sol suspendu. Des mousses profitent également du tronc et récupèrent l’eau qui suinte le long de l’arbre. Enfin, le tronc est un excellent support pour quantités de lianes. Les Ficus étrangleurs, eux, font mieux puisqu’ils s’installent au sommet d’un arbre hôte, envoient leurs racines le long du tronc et étranglent en véritables parasites le malheureux, qui finira par pourrir.
Certaines plantes choisiront d’occuper des rochers inclinés, d’autres des surfaces planes… D’autres emploieront beaucoup d’énergie pour se constituer une tige solide, d’autres au contraire n’investiront que dans quelques feuilles, voire même une seule pour les espèces dites monophylles. Les formes sont infinies, les couleurs s’étalent : feuilles vertes, bleues, roses, marron… mais à chaque fois la nature a ses raisons.
Mais il n’y a pas que des épiphytes et des lianes, et la majeure partie des espèces de plantes de sous-bois doit se débrouiller au ras du sol, dans la pénombre de la forêt. Commence alors pour elles une véritable course à la stratégie. Il ne faut pas forcément être grand, car la lumière est beaucoup trop haute, à plus de trente mètres : il faut ruser, choisir un bon biotope, si possible pas trop exploité, et essayer de survivre. Voyage au cœur de la forêt tropicale avec des exemples en images de ces adaptations… Il faut prendre cette page comme une petite promenade en forêt avec des arrêts fréquents devant les plantes et les arbres qui se présentent.

Altingia excelsa, un arbre émergent de la canopée, qui peut atteindre 35 mètres de haut, typique des zones de collines jusqu’à 900 mètres. Le tronc rectiligne n’abrite que quelques mousses. 
Liane avec racines adventives ; voilà un des moyens d’atteindre la lumière : si elle ne vient pas à nous, alors allons à elle ! contrairement à la pensée commune, une liane ne descend pas, elle MONTE vers la lumière. Chez nous, le lierre est un exemple de liane.
liane sur Sloanea sigun 
Plectocomia elongata, une des nombreuses espèces de rotin des forêts tropicales… Eh oui ! notre rotin des fauteuils est une liane ! Notez les piquants qui courent le long de la tige et qui permettent à la plante de se fixer plus facilement. 
Ficus glomerata, un ficus non étrangleur. Magnifique racine qui va puiser dans le sol le plus loin possible. Chaque arbre essaie d’élargir sa superficie au sol fin de puiser les sels minéraux dont il a besoin. 
Un autre exemple de liane. Une liane commence à monter grâce à son support puis se détache facilement en raison de la finesse des racines fixatrices et nourricières. 
Ficus sumatrana, un ficus étrangleur qui commence par se fixer au sommet d’un arbre hôte. Ensuite il envoie ses racines vers le sol, enserrant l’arbre qui finira par mourir. Certains arbres étrangleurs comme les Clusia peuvent aussi perdre par cette stratégie car ils s’effondrent en même temps que leur arbre-­support. 
Une fois l’arbre – hôte mort, il ne reste que les racines du ficus qui forment un « tronc » ajouré.
Arbre servant de support à de nombreuses plantes épiphytes. Une plante épiphyte vit en hors-­sol, ce n’est pas un parasite puisqu’elle ne nuit pas à son support. De nombreuses fougères se sont installées sur ces branches. 
Asplenium nidus est une fougère que l’on rencontre sur les troncs et les branches, le plus souvent à quelques mètres au­dessus du sol. Sa forme en entonnoir permet l’accumulation d’humus, créant ainsi un véritable jardin suspendu où d’autres plantes viendront s’installer, ainsi que des insectes et autres arthropodes. Un biotope à part. Le centre de la fougère devient une sorte de grande éponge avec des débris organiques accumulés.
Intérieur d’un Asplenium nidus ; on distingue bien sur ce jeune spécimen l’humus déjà installé, sol idéal.
Autre espèce, autre type de racines ; chez cet arbre du genre Pandanus, pris dans le parc botanique de Bogor, sur Java, le milieu d’habitat est toujours humide, marécageux. Le tronc seul ne suffit donc pas et il est nécessaire pour le végétal d’avoir un maintien plus solide, d’où ces racines appelées « racines-­échasses ».
Arbre typique des mangroves, le Rhizophora.
Ces palétuviers stabilisent les troncs avec leurs longues racines enchevêtrées, même en bord de mer. 
Nepenthes ampullaria. Lorsque le sol est trop pauvre (trop acide) pour nourrir la plante, la stratégie est de chercher ailleurs, en l’occurrence en piégeant des insectes pour cette splendide plante carnivore asiatique, photographiée sur l’île de Siberut, au large de Sumatra. 
Cette plante myrmécophile a, elle, opté pour une vie en symbiose avec les fourmis qui vivent au sein même de la plante, dans les renflements que l’on distingue bien le long du tronc. 
Monstera deliciosa, parc de Bogor. Cette plante tropicale occupe la totalité du tronc. Elle possède de grandes feuilles ajourées qui sont très bien adaptées à la vie en forêt dense.
Détail des feuilles de Monstera deliciosa ; comme de nombreuses autres Aracées, cette plante possède de grandes feuilles pennées qui laissent passer entre leurs lobes les débris tombant de la voûte forestière. Ces morceaux de branches ou de feuilles pourraient en effet stagner sur les feuilles de Monstera et réduire ainsi la surface foliaire exposée à la lumière.
Autre exemple de grande feuille dite pédalée, qui laisse passer les débris de la canopée, parfait exemple d’adaptation des plantes de sous-­bois. 
Afin de capter au mieux la faible énergie lumineuse, des particularités relatives à l’aspect général des feuilles sont directement visibles à l’œil nu. C’est le cas chez ces feuilles au limbe gaufré : la feuille est composée d’une succession de demi­-sphères et la surface du limbe est ainsi multipliée par deux. La feuille s’étend désormais en trois dimensions. 
autre exemple de feuilles gaufrées 
Selaginella willdenowii, une sélaginelle répandue des forêts d’Asie du sud­est, connue pour son iridescence bleue, que les botanistes ont bien du mal à s’expliquer. Cette couleur bleue a une origine physique et non chimique, ce qui se traduit par l’apparition ou la disparition de la couleur suivant l’angle de vue. C’est un phénomène rare puisque l’iridescence bleue ne se rencontre que chez une cinquantaine d’espèces de par le monde. Une des hypothèses : un effet « épouvantail » qui ferait fuir d’éventuels prédateurs. Affaire à suivre… 
Adaptation typique des feuilles de forêts tropicales : le limbe est prolongé par un long acumen qui favorise l’écoulement de la pluie, formant une sorte de gouttière. 
feuilles acuménée
Comment capter le plus d’énergie lumineuse ? en augmentant la surface foliaire, comme cet impressionnant limbe d’une feuille d’Alaucasia macrorhyza
A l’opposé de ce limbe immense, voici une plante dite monophylle, à une seule feuille, que l’on trouve sur des substrats inclinés, comme ici sur un rocher. Ces plantes dites « saxicoles » doivent faire face à l’absence de litière et n’ont qu’une mini fissure où s’accrocher. Elles ne peuvent pas dépenser beaucoup d’énergie pour leur système foliaire qui est réduit au minimum. 
Bel exemple de multiplication végétative par bulbille : l’extrémité de la fronde de cette fougère émet une bulbille qui s’enracinera après avoir formé plusieurs feuilles et fait ployer la fronde mère sous son poids. 
Ces feuilles ne sont pas sales ou tachées, elles sont occupées par d’autres végétaux, dits plantes épiphylles (vivant sur des plantes). Cette prolifération de plantes épiphylles a lieu dans une atmosphère chargée en humidité ; en effet, comme il y a peu de vent dans les sous-bois, l’eau qui mouille les feuilles ne s’évapore pas avant plusieurs heures, et cette pellicule d’eau permet le développement d’autres plantes. Il y a parfois une telle épaisseur que ce voile absorbe la lumière, qui est déjà d’intensité très faible, si bien que la feuille se retrouve pratiquement à l’obscurité. Mais il existe des échanges entre épiphylle et plante hôte, directement à travers le limbe, qui empêchent cette dernière de mourir. 
Les feuilles des plantes de sous­-bois ne sont pas toutes de couleur verte ; on en trouve aussi des brunes. Les botanistes ne s’expliquent pas encore les raisons de ces couleurs, d’autant que sur une même plante, il y a souvent des feuilles vertes ET brunes, les dernières étant systématiquement situées près du sol. Une des hypothèses serait qu’elles seraient moins visibles pour les prédateurs (insectes par exemple), se confondant avec la couleur du sol. Autre hypothèse : la haute concentration en CO2 au niveau du sol qui entraînerait des phénomènes biochimiques.
Selaginella intermedia ; ces sélaginelles possèdent des individus à forme verte et à forme marron (couleur due à des caroténoïdes).

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