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Inde - Grande traversée du Zanskar partie I Lamayuru Padum

Grande traversée du Zanskar partie I 


La Grande Traversée du Zanskar est un trek extraordinaire, traversant la grande barrière himalayenne du nord au sud, en une quinzaine de jours, avec plusieurs cols au-delà des 5000 mètres. Il permet, au-delà des paysages austères et toujours spectaculaires, de rencontrer des gens vivant dans les petits villages d'altitude, de croiser des moines au pied de monastères improbables... Il s'agit d'une expérience qui marque à jamais. Voici le récit, en deux pages, de ces rencontres magistrales...

Etape 1 : Lamayuru – Wanla

Le départ pour la grande traversée du Zanskar se fait un petit matin, du monastère de Lamayuru. Le paysage, très désertique, doit nous conduire au petit village de Wanla, après le passage d’un col et d’une gorge. Nous sommes très impatients de découvrir les nombreux villages et monastères qui jalonnent ce parcours que nous rêvions de faire depuis pas mal de temps. Les chevaux bâtés sont derrière nous mais nous rattraperont quelques heures après.
Nous avons besoin, pour ce trek de huit personnes, d’un guide, qui fait office de cuisinier, d’un aide-cuisinier, et de deux muletiers. Une bonne dizaine de chevaux sont du voyage : nous, nous ne portons que ce que nous avons besoin dans la journée, ce n’est pas très fatigant. Je suis pris sur cette photo au premier petit col du parcours, vers 4000 mètres. A cette altitude, nous n’avons pas encore le souffle court, merci aux six jours d’acclimatation passés dans les environs de Leh ! Car sans ces journées, nous aurions souffert. Ce genre de paysage désertique ne nous quittera plus. La neige est effectivement beaucoup plus haute.




Le gros côté sympa de ce trek, c’est d’être accompagnés de chevaux. Tous les jours, nous partions avant eux et les deux muletiers puis, invariablement, nous faisions dépasser dans la journée. Certains portaient nos tentes, d’autres nos sacs spécialement créés par Nico, tout en longueur.
les chevaux s’enfoncent dans une gorge étroite et poussiéreuse que nous suivrons pendant plus d’une heure
Arrivée à Wanla, notre premier camp. Quand nous arrivions, la tente cuisine était montée et Tashi notre guide nous avait fait chauffer le thé, le « Milik tea » comme il disait… Car jamais nous n’avons bu un thé sans lait.

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1 - nos chevaux peu avant l’arrivée à Wanla, et Daniel qui, à droite, les regarde passer

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1 - Cette femme rigolait sans arrêt en nous observant faire une pause à l’ombre d’un arbre !

2 - La femme porte un panier dans lequel elle place les crottins de chevaux qu’elle ramasse. C’est en effet le seul combustible du coin, car il n’y a guère d’arbres. Les bouses servent donc à la fois pour le chauffage et pour faire cuire les aliments. Ca brûle assez bien, mais ça provoque beaucoup de fumée.

Etape 2: Wanla – Honupatta

Pour cette deuxième étape, le programme est alléchant car nous devons nous faufiler dans des gorges
gigantesques, avec des parois de centaines de mètres de hauteur. Nous partons de 3200 mètres et le camp du soir, au village de Honupatta, à la sortie des gorges, est à 3900 mètres. Nous suivons les chevaux dès le départ, et nous allons vite comprendre pourquoi ils ne prennent pas de l’avance…

Les gorges se resserrent bien vite, et l’on passe souvent d’un côté à l’autre de la rivière, à l’aide de frêles ponts en bois. Le courant est très fort et les falaises impressionnantes. D’un coup, le guide fait arrêter les chevaux et commence à tout décharger. Il nous explique que le chemin est trop étroit pour pouvoir faire passer les chevaux bâtés. Il faudra donc faire les allers-retours en portant tous les bagages à la main ! Heureusement il n’y a que quelques centaines de mètres…



Daniel s’en donne à coeur joie pour faire les allers-retours, chargé comme… un cheval (il aurait même bien aimé porter les pauvres chevaux…). Le chemin est effectivement bien étroit, comme on peut en juger. Une fois tout le matériel passé, c’est au tour des chevaux à vide. Il suffira ensuite de tout remettre : du sacré boulot !
Les gorges semblent interminables ! Nous ferons une pause déjeuner à mi parcours, stupéfaits par la taille des falaises et des blocs transportés par les crues du torrent. Petit à petit cependant, les parois s’élargissent devant nous.




Nous ne croisons qu’une femme au village de Honupatta, composé de quelques maisons seulement, à plus de 3500 mètres d’altitude. Elle porte son enfant sur le dos, comme tous les habitants du Ladakh et du Zanskar.
vue sur les somptueuses gorges que nous venons de traverser, depuis Honupatta


Etape 3 : Honupatta – Photoksar, via Sirsir La (4806 mètres)

Au programme de cette belle et longue journée : le Mont Blanc ! Ou disons, un col de la hauteur de la plus haute montagne d’Europe, à 4807 mètres, le Sirsir La. En Himalaya, ce n’est rien, pour un col, mais ce sont des altitudes déjà raisonnables, pour lesquelles notre acclimatation était nécessaire. Sur la photo, nous voyons le groupe partir d’un bon pied. Tashi ferme la marche.
La montée au col est épuisante, et je compte chacun de mes pas ! Il paraît si proche et en même temps si loin ! En face de nous, le paysage lunaire est enivrant. L’arrivée au col est l’occasion de s’effondrer contre le mur de manis (prières gravées sur la pierre) et sous les drapeaux à prières flottant au vent.

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1 - L’objectif suivant est déjà visible, ce sera pour demain après-midi, le col à gauche de la dent enneigée tout au fond, à 5000 mètres d’altitude. D’ici là, il nous faut descendre légèrement pour rejoindre le village de Photoksar. On voit ici Françoise traçant la route.
Arrivée au village de Photoksar, un des plus beaux endroits du Zanskar. Le village est placé au-dessus de gorges profondes et apparaît comme un havre de verdure quand on arrive de ces montagnes désertiques. Des champs partout, des femmes qui y travaillent. On se sent bien ici, et nos tentes sont placées dans un endroit de rêve !
deux vieilles dames aux vêtements traditionnels près d’un moulin à prière

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1 - Vue du village de Photoksar, accroché à une rive de la rivière. De part et d’autre, les champs cultivés des habitants.

Le camp est situé dans un endroit extraordinaire, à une vingtaine de minutes du village. En face de nous, des gorges immenses, et derrière, un sommet enneigé. Nous nous hâtons de monter les tentes avant de prendre un thé chaud.

Etape 4 : Photoksar – Camp du Sengge La

La quatrième étape consiste essentiellement dans le franchissement du col de Sengge La, à 5000 mètres d’altitude. Les paysages sont grandioses mais tellement étendus qu’on semble ne pas avancer ! Sur la photo, on voit Sylvain et, loin devant lui, le col. Nous avions surnommé le sommet enneigé de droite le Marlboro Peak, de par sa ressemblance avec celui représenté sur les anciens paquets de cigarettes.

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1 - Le passage du col ne pose strictement aucun problème technique bien sûr, mais l’altitude s’est fait ressentir. Pour ma part, j’ai le souffle coupé et dois faire une pause toutes les cinq minutes ! Je n’en vois pas la fin, les jambes sont très lourdes.
2 - Daniel franchit un petit torrent un peu avant la montée finale du col.
3 - Un troupeau de dzos, des yacks domestiqués, plus petits que leurs cousins, essentiels dans la région pour fournir laine, lait et viande.
4 - Nous nous reposons quelques instants avant d’entamer une forte descente vers notre camp du soir. Nico, le pauvre, est malade, et c’est un bon calvaire pour lui.
5 - Et voici le col, et voici la bande d’épaves couchées sur le sol, à 5000 mètres… Comme tous les cols de passage de l’Himalaya, un chorten, des drapeaux à prière et un mur de mani font la relation avec les dieux. Partout est gravée l'incantation bouddhique 'Om mani padme om", difficilement traduisible.
S’ensuit une belle descente jusqu’au camp, à 4700 mètres d’altitude environ. Il fait assez froid, mais la beauté du paysage fait vite oublier ce petit inconvénient. Ce sera donc notre plus haute nuit, à la hauteur du Mont Blanc. Les tentes sont montées sur le seul replat, dans un désert minéral absolu !


Etape 5 : Camp du Sengge La – Monastère de Lingshed

Le temps est exécrable en ce début de cinquième étape, mais cela donne tout de même de beaux paysages, étranges et austères. Nous passons devant une tente où vit une femme, seule avec son enfant. Elle vend quelques boîtes de conserve aux randonneurs qui passent par là. La pluie nous trempe jusqu’aux os. Et dire que la mousson ne devrait pas franchir les montagnes ! C’est une étape relativement courte, qui nous permettra de visiter le beau monastère de Lingshed.


vers le monastère
Voici le minuscule village de Lingshed et son monastère. Le camp est situé une demi-heure plus loin.

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1 - Le monastère de Lingshed possède des peintures magnifiques. En voici quelques exemples.

2 - Le moine qui tenait le monastère nous a fait visiter les pièces principales. Nous sommes restés une bonne heure à admirer les fresques vivement colorées.

Dehors, le temps s’est un peu calmé, il ne pleut plus. Durant la demi-heure de marche qu’il nous reste jusqu’au camp, nous croisons beaucoup de villageois. Ce petit gamin à droite nous aura beaucoup marqués, les vêtements déchirés dans le froid. Son bonnet de laine est accroché à sa veste pour ne pas qu’il le perde. La maison que nous voyons sur la photo ci-dessous, dans le village de Lingshed, est typique avec son toit plat recouvert de végétaux et de bouses séchées.


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1 - Comme de très nombreux enfants du Ladakh et du Zanskar, les jeunes portent sur le dos leurs petits frères ou soeurs.

2 - Le camp du jour et les vêtements qui sèchent après les longues pluies de la journée.

Etape 6 : Lingshed – pont de Oma chu par Hanuma La (4710 m)

Le temps est bien meilleur en ce début de sixième étape, et il fait très doux. Nous commençons dès les premières minutes par une longue montée du col Hanuma, à 4710 mètres. Et enfin, pour moi, j’en ai terminé avec les problèmes d’acclimatation, c’est la grande forme aujourd’hui et la grimpette au col, en compagnie de Daniel, se fera à grande vitesse.
en cette matinée ensoleillée, tout le monde regarde la montagne

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1 - Depuis le col, la vue s’étend jusqu’au monastère de Lingshed que l’on distingue à peine, adossé aux parois de rochers. Un canyon très étroit s’étire à nos pieds.

2 - Le col, avec des drapeaux à prières, consiste en un passage d’une dizaine de mètres de largeur. Notre guide Tashi, comme à son habitude, accroche le sien.
3 - Tandis que nos chevaux sont eux aussi sur le point de franchir le Hanuma La, laissant derrière eux l’étape de la veille, nous basculons de l’autre côté, un petit canyon poussiéreux et étroit.

D’un seul coup, surgissant de nulle part, nous tombons sur deux hommes assis à terre, en train de tisser de la laine de dzo !! A des heures d’un village ! Incroyable moment, inattendu. Le tissage doit bien faire dix mètre de longueur !


Certains moments dans un voyage sont toujours plus difficiles que d’autres et quelques minutes après ce magnifique spectacle de ces deux hommes tissant, nous abordons un passage très abrupt pour nos chevaux. Les muletiers sont sur leur garde et serrent fortement le mors. Il s’agit de descendre une sente très raide, en zigzag, pour rejoindre un minuscule torrent. En contrebas (photo ci-dessous), un malheureux cheval a chuté la veille, et s’est tué sur le coup. C’est une perte énorme pour un muletier, car les chevaux ou les mules sont leur gagne-pain. Ce passage était le plus difficile à négocier et le pauvre a dû glisser.




Un des plus chouettes coins de tout le parcours : le sentier suit un canyon tout simplement terrifiant ! La lumière de cette fin d’après-midi illumine la paroi verticale. Le camp du soir est situé au niveau du fond du canyon, près d’un torrent.

Etape 7 : pont de Oma chu – Hanumil par le Parfi La (3900 m)

Nous attendons beaucoup de cette étape car pour la première fois du parcours nous allons longer la rivière Zanskar ! C’est derrière le col du Parfi La qu’on la rejoint pour ne presque plus jamais la quitter pendant 10 jours. Avant cet endroit, il est impossible de la suivre car elle emprunte des gorges accessibles seulement en hiver, car la rivière gelée devient un grand boulevard sans beaucoup de dénivelé.. Nous entamons donc la journée par une grimpette qui nous met en forme. Petite photo souvenir au sommet.


Voici donc celle qui donne son nom à la région : la rivière Zanskar, qui s’en va rejoindre le fleuve Indus plus au nord. Nous, il ne nous reste plus qu’à la longer. C’est dire si les difficultés de ce trek se trouvent dans la première partie, derrière nous. Place à un autre genre de trek, beaucoup plus culturel car les habitants vont maintenant avoir de la place pour cultiver et installer leurs maisons.

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1 - Daniel se bagarre avec un ruisseau qui se jette dans la Zanskar.

2 - Nous longeons la rivière parfois très près, sur un sentier surplombant de quelques mètres les eaux
boueuses et tumultueuses.
Près de notre camp, deux habitations solitaires à l’entrée d’une gorge étroite. L’un des enfants du monsieur était malade, avec de la fièvre, et notre médecin Françoise lui a donné un verre d’eau avec un aspirine, ce qui a donné lieu à un spectacle dont on se souviendra longtemps : les parents étaient tellement étonnés de voir les bulles du cachet effervescent qu’ils en riaient, se passant le verre de main en main pour finalement… tout renverser par terre ! C’est peut-être le moment durant le voyage où l’on a le plus mesuré le gouffre entre nos civilisations.




Etape 8 : Hanumil – Pishu

Une journée relativement courte et tranquille s’annonce entre le camp d’Hanumil et le joli village de Pishu. Le jour se lève sur la rivière Zanskar, qui enchaîne paisiblement les larges méandres. C’est ce qu’on appelle un contact charnel avec la rivière, visiblement haute aujourd’hui. Un moment revigorant.

Aux abords du village de Pishu, c’est un grand bol de verdure, des champs à perte de vue, des maisons disséminées et de nombreux chortens. Les enfants nous regardent passer, telle cette petite fille dans un champ. La vallée s’élargit pour faire plusieurs kilomètres de large : nous approchons de Padum, la « capitale » du Zanskar.

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1 - De jeunes enfants nous saluent à l’entrée du village, qui, à n’en pas douter, possède sans doute

les habitants parmi les plus charmants et accueillants du Zanskar !
2 - Scène de vie dans une ruelle du village de Pishu. Une dame porte sur le dos un grand panier en osier. Sur les toits des maisons, des branches et des bouses de yack séchées pour le feu.
3 - Ramassage des bouses de yacks et de dzos par une jeune fille du village, tandis que la femme transporte de la nourriture.
4 - Nous avons été invités à boire de l’alcool traditionnel et de la tsampa, galettes de blé. Encore une fois l’immense générosité et l’accueil sensationnel des zanskarpa. Daniel est assis contre le mur en pisé, au fond, et a beaucoup beaucoup aimé cette petite eau de vie…



Un village est accroché sur sa falaise : Zangla, le lieu de résidence de l’ancien roi du Zanskar. De jeunes enfants regardent des cartes postales de la France, que leur a montré Marie. La petite fille de gauche a ramassé plusieurs bouses dans son panier, qu’elle fera sécher en guise de combustible. Ci-dessous, portraits d’enfants.

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1 - Les somptueux paysages de la vallée du Zanskar un peu avant Padum. Les couleurs sans cesse

changeantes offrent des tableaux géologiques impressionnants. Les chevaux se reposent en broutant l’herbe rase de notre camp de Pishu.


Etape 9 : Pishu – Karsha

Une large piste pour rejoindre une chaîne mythique : la grande barrière de l’Himalaya, celle-là même qui court jusqu’à l’Everest au Népal… Au Zanskar, cette barrière culmine à 7000 mètres avec les monts Nun et Kun. Le village de Padum est situé au pied de ces montagnes. Nous en avons donc terminé avec la traversée de la chaîne Zanskar, mais nous continuerons à suivre la rivière !

Datant du Xème siècle, le monastère de Karsha est le plus important de tout le Zanskar. Il appartient à l’ordre des Gelugpas. De là-haut, une vue incroyable s’étend sur la vallée.

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1 - A l’intérieur du monastère, un gong et des cymbales sont déposés, attendant le début des prières.

2 - Durant plus d’une heure, nous assisterons à des chants monocordes (et, il faut bien l’avouer, monotones), ponctués de coups de gongs et de cymbales. Un bien chouette moment.
3 - Le paysage depuis le monastère de Karsha est immense et invite à… la prière ! Il est situé tout en
haut du village du même nom.

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1 - Un moine s’est isolé dans une minuscule pièce occupée exclusivement par un immense moulin à prière !

2 - Un moulin à prières encastré dans un mur. On distingue parfaitement les inscriptions du mantra « Om mani padme hom »

vue du village et du monastère, accrochés à la montagne
Coucher de soleil au camp de Karsha…

Etape 10 : Karsha – Padum

Cette dixième étape, qui marque le milieu du trek, est une fausse étape de deux heures, qui permet de rejoindre la capitale du Zanskar : Padum, accessible en piste. C’est un village poussiéreux et sans intérêt, où l’on peut se ravitailler. Après avoir monté les tentes, Michel, Daniel et moi en profitons pour grimper durant quelques heures, histoire d’avoir une belle vue sur la vallée.


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