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France - Versailles, la démesure royale



Le château de Versailles ! Quel autre lieu pourrait mieux évoquer le symbole de la monarchie française que Versailles, résidence des rois Louis XIV, Louis XV et Louis XVI ? Tout ici est démesure, destiné à glorifier le Roi Soleil trônant au coeur de la plus fastueuse cour d’Europe. Rien que le château principal s’étend sur plus de 6 hectares, pour 2300 pièces ! Quant au parc et ses fameux jardins à la française, ce sont 815 hectares (il était dix fois plus grand avant la révolution française…) de réserves, bois, pièces d’eau, bosquets… Il ne faut pas oublier non plus les autres « petits » châteaux et bâtiments disséminés au coeur du domaine : le petit et le grand Trianon, le Hameau de la Reine etc… Il faut prévoir une journée très remplie et beaucoup de kilomètres dans les jambes pour admirer cette merveille du baroque qui résonne dans le monde entier. On peut trouver, précisément, cette architecture trop chargée et tape-à-l’oeil, mais on ne peut pas ne pas être stupéfaits devant une telle… monumentalité ! Et l’on comprend aussi, en arpentant les domaines de Marie Antoinette, qu’elle ait été si éloignée du peuple, si incomprise donc, elle qui s’était créé un monde clos de démesure. Bienvenue à Versailles !

une des visions les plus célèbres de Versailles : vue sur la façade principale depuis la fontaine d’Apollon en plomb doré. Les perspectives sont toujours saisissantes à Versailles !

Personne n’aurait imaginé un jour voir surgir Versailles là où il a surgi ! En effet, les lieux, occupés par un vieux moulin et une maison de meunier, sont inhospitaliers, dans une cuvette pleine de marais nauséabonds. Et pourtant, en 1623, le roi Louis XIII fait démolir l’ensemble pour ériger un simple pavillon de chasse en briques, en forme de U, qui sera le coeur du futur château. Sa mère Marie de Médicis et son épouse Anne d’Autriche y passent sans jamais y dormir, le tout étant très rustique. Seul Louis XIII y occupe une chambre centrale, en lieu et place du lit qu’occupera le futur roi Soleil… Ce dernier, à quatre ans, monte sur le trône en 1643. Il va se passer pas mal d’années avant que le jeune monarque ne souhaite s’approprier cette réserve de chasse pour en faire son symbole le plus grand. Durant la première campagne de travaux, dès 1664, le Vau triple la superficie du château. Le Louvre reste néanmoins le palais royal. Les choses vont changer avec la deuxième campagne qui voit, au premier étage, la construction des Grands Appartements du Roi et de la Reine, symétriques l’un par rapport à l’autre. Mansart donne les dernières touches lors de la troisième campagne : la fameuse galerie des glaces qui relie les deux séries d’appartements royaux, le Brun se chargeant des peintures. En 1682, Versailles grouille de milliers de personnes !

l’entrée de Versailles avec, tout au fond au centre, la chambre de Louis XIV, au coeur de l’édifice.

les jardins de Versailles

Versailles est un hymne à l’eau ! Les fameuses fontaines que l’on peut voir fonctionner lors des Grandes Eaux sont un symbole des jardins, appelés aussi Petit Parc (le Grand Parc comprend les Trianons et d’autres dépendances). Ces jardins à la française possèdent presque 400 oeuvres d’Art, principalement des statues. Le dieu Apollon, divinité solaire et donc métaphore du monarque, est le plus présent. Il faut venir se promener dans ces immenses et rectilignes allées taillées au cordeau, et admirer les fontaines toutes différentes. On peut aussi trouver ces jardins austères et leur préférer, par exemple, ceux à l’anglaise de l’autre côté du parc, autour du hameau de la Reine Marie-Antoinette. Je suis de ceux-là, mais néanmoins il faut reconnaître le côté grandiose réussi par le fameux jardinier André Le Nôtre.

vue détaillée du bassin d’Apollon lors des Grandes Eaux. Occupant l’ancien emplacement du bassin des Cygnes créé par Louis XIII, cette oeuvre fut réalisée en 1668. C’est Tuby, d’après un dessin de Le Brun, qui réussit le tour de force de faire surgir Apollon et son char des eaux en furie. Il fut doré l’année suivante. La fontaine d’Apollon permet la transition entre les jardins du petit parc et le Grand Canal de 1500 mètres de longueur qui continue la perspective.


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1 - vue sur le Parterre d’eau depuis l’intérieur du château. On distingue à l’arrière-plan le grand Canal.

2 - la salle de Bal aménagée par le Notre servait à la danse. Les spectateurs étaient assis sur les gradins en rocailles.
3 et 4 - détail du bassin d’Encelade
5 - le parterre d’eau
6 - bassin d’Apollon en eaux

Face à la façade principale se trouve une des plus célèbres réalisations de le Nôtre : le parterre d’eau. Il s’agit de deux grands bassins rectangulaires et symétriques qui viennent se placer juste sous la galerie des Glaces, apparaissant comme le prolongement de cette dernière. C’est en 1685 que le parterre prit la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Quant au décor sculpté qui l’entoure, vingt-quatre statues, on le doit à le Brun : chacun des deux bassins est entouré de quatre divinités couchées qui symbolisent les fleuves et rivières de la France : Loire et Loiret, Rhône et Saône, Seine et Marne, Garonne et Dordogne. On trouve ensuite des nymphes et des groupes d’enfants.

un des deux bassins du parterre d’eau

un peu plus à droite du parterre, un autre parterre, de fleurs celui-ci, offre une autre perspective sur le château

comment gérer l'eau ?  C’est en effet un défi majeur : très vite, pomper les eaux des étangs aux alentours ne suffit plus aux besoins toujours plus grands de Louis XIV. Il fallut trouver des solutions. En 1664, le Vau conçoit la Pompe, un moulin qui permettait d’aspirer 600 mètres cube d’eau par jour et donc d’éloigner un peu le spectre de la pénurie. Le Grand Canal fut créé trois ans plus tard pour servir de trop-plein des fontaines, pour être ensuite repompé. Mais rien à faire, les fontaines ne pouvaient toutes fonctionner en même temps ! En tout cas, pour satisfaire le Roi, on actionnait toutes celles visibles depuis la galerie des Glaces, mais pour les fontaines cachées dans les bosquets, c’était une autre histoire ! On imagina même un système de sifflets pour prévenir de la venue du roi quand il se promenait dans les Jardins : dès qu’il approchait d’une fontaine, on l’allumait pour l’éteindre juste après… On ne s’arrêta pas là : l’eau de la Bièvre fut détournée et canalisée, puis, en 1680, on croit avoir trouvé le Graal avec la fameuse machine de Marly, qui devait amener l’eau de… la Seine, en trois montées successives, soit 100 mètres de dénivelé ! Mais il y eut des pannes et des fuites et le débit fut deux fois moindre que prévu. Quoi qu’il en soit, on venait de toute la France pour admirer le mécanisme. Un tiers du budget de Louis XIV pour les constructions passait dans l’eau ! 13 000 mètres cube par jour !

le bassin d’Encelade fait partie des bosquets : Le sujet est emprunté à l’histoire mythologique de la chute des Titans ensevelis sous les rochers de l’Olympe qu’ils voulurent gravir malgré les avertissements du maître des lieux, Jupiter. Encelade est ici représenté à moitié enseveli, l’eau jaillissant de la bouche, luttant avec la mort.

le Petit Trianon

Situé dans le grand parc de Versailles, le domaine de Petit Trianon est un petit château entouré de jardins, construit par le roi Louis XV à l’instigation de la Pompadour. Nous retrouvons des jardins à la française, avec même l’ajout d’une ménagerie et de pavillons de détente. Le bâtiment du Trianon est donc entouré de verdure, et de style néoclassique, avec des lignes simples et épurées. A l’intérieur, un rez-de-chaussée pour le service et un premier étage pour les réceptions. Le Petit Trianon est surtout connu pour une autre occupante : à la mort de son grand-père, Louis XVI l’offre en effet à Marie-Antoinette, qui se crée un monde clos et intime loin du tumulte de la cour, dans laquelle elle ne mettra quasiment plus les pieds. C’est de cette époque que date l’ajout des autres éléments du domaine de Petit Trianon, comme le théâtre, le jardin à l’anglaise et le hameau de la Reine, tradition
rousseauiste et volonté pour la reine de se croire en pleine campagne. Cette partie du parc tranche donc énormément avec le reste de Versailles : bosquets sauvages, petite rivière sinueuse artificielle, jardin alpin et belvédère, maisons rustiques etc… Trianon, qui fut totalement dévasté lors de la Révolution française, offre aujourd’hui une magnifique promenade et permet de se plonger un peu dans la vie tumultueuse totalement hors des réalités du monde de Marie-Antoinette.

Madame de Pompadour est morte avant d’avoir pu admirer le Petit Trianon, chef-d’oeuvre du néoclassicisme. C’est un carré de 23 mètres de côté possédant cinq hautes fenêtres alternant avec des colonnes de style corinthien. C’est au premier étage, le « noble », que se trouvent les appartements de la Reine, là où Marie- Antoinette passait toutes ses journées. On voit ici la façade sud donnant sur la cour d’entrée.

le Petit Trianon – rez-de-chaussée

Ce rez-de-chaussée, que l’on appelait à l’époque « les souterrains », est l’étage pour le service, même s’il possède également une salle de billard. On y trouve la salle des gardes, le réchauffoir, ainsi que d’autres petites pièces.


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1 - le vestibule conduit au grand escalier en calcaire, avec sa rampe en fer forgé doré à la riche décoration (le M et le A entremêlés de Marie-Antoinette y ont remplacé le XV du roi). Le sol est en marbre blanc et vert pour rappeler la couleur des jardins.
2 - la salle de billard abritait le billard de Louis XV, aujourd’hui disparu, qui fut remplacé ensuite par un de moindre importance pour les soldats. Les murs sont en lambris. Sur la cheminée sur la droite, on voit un buste en plâtre de Marie-Antoinette, ainsi que son grand portrait en pied sur la toile d’Elisabeth Vigée le Brun.
3 - la cuisine centrale du château est plus exactement un réchauffoir, donc le lieu où les plats confectionnés dans les communs étaient réchauffés. En effet, on ne voulait pas incommoder les habitants avec les odeurs, donc les vraies cuisines étaient reléguées dans une aile extérieure. Ce réchauffoir possède une belle voûte surbaissée et une vaste cheminée.

le Petit Trianon – étage noble

Le salon de compagnie est la pièce principale des appartements de la Reine. Il était prévu à l’origine pour être le salon de réception de Madame de Pompadour. Marie-Antoinette transforme cette pièce en véritable salon de musique, avec un piano-forte en chêne et acajou et une harpe. La Reine permit d’ailleurs une large diffusion de ce type de musique de chambre au cours du XVIIIème siècle. Quant aux rideaux et sièges en damas couleur cerise, ils sont une reconstitution de ce que l’on pouvait trouver à l’époque.


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1 - une partie de la petite salle à manger

2 - ce petit boudoir, conçu pour prendre le café en toute intimité, est également appelé le cabinet des glaces mouvantes, car un ingénieux mécanisme depuis le sous-sol permettait d’obturer les deux grandes fenêtres avec des glaces, permettant à Marie- Antoinette de s’isoler totalement. Les lambris sont décorés, à la demande de la Reine, avec des arabesques floraux rappelant les jardins.
3 - comme pour le boudoir attenant, la chambre de la Reine possède un plafond surbaissé pour favoriser l’intimité. Originellement cabinet de retraite de Louis XV, elle est transformée en chambre pour la Du Barry, puis pour Marie-Antoinette, qui, de la petite fenêtre de son nouveau hâvre de paix, peut rêver à ses jardins à l’anglaise qu’elle voit grandir. L’intimité de la pièce contraste avec l’exubérance de sa chambre officielle dans le grand château.

vue arrière du petit Trianon avec jardins à la française

le Petit Trianon – les jardins

Le pavillon français, achevé en 1750, est un salon octogonal ouvert sur quatre grandes baies vitrées, avec une antichambre, un réchauffoir et un boudoir. Il est entouré d’un beau jardin à la française.

Depuis sa chambre au premier étage du Petit Trianon, Marie-Antoinette pouvait apercevoir le Temple de l’Amour, au coeur du jardin anglais qu’elle voulait sauvage et pittoresque. Le temple est composé de douze colonnes corinthiennes surmontées d’une coupole décorée de figures du dieu de l’Amour. Au centre, une sculpture (réplique) : l’Amour se taillant un arc dans la massue d’Hercule, de Mouchy. Au XVIIIème siècle, il était au centre des nombreuses fêtes données par la Reine dans son jardin.


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1 et 2 - temple de l’Amour au coeur du jardin anglais
3 - la statue du dieu de l’Amour

les jardins anglais de la Reine...  En offrant Trianon à la reine, Louis XVI lui aurait lancé : « Vous aimez les fleurs, Madame. J’ai un bouquet à vous offrir : c’est le Petit Trianon ». Dès lors, Marie- Antoinette s’approprie l’endroit et veut le transformer de fond en comble. Enfin, pas pour les intérieurs, qu’elle ne change presque pas, mais pour les jardins, sa passion. Elle veut supprimer l’austérité du jardin botanique de Louis XV, changer des perspectives rectilignes de le Nôtre qui s’était occupé des jardins du grand château. Non, la mode est aux jardins anglais, et la Reine veut du changement ! C’est Richard Mique qui va lui réaliser son rêve, créant un monde faussement sauvage pour les plaisirs de la Reine : des lacs, des belvédères, une petite montagne, des rochers, une fausse grotte pour se retirer au calme… On reconnait bien la mode du sauvage lancée par l’écrivain Jean-Jacques Rousseau dans ses Rêveries d’un promeneur solitaire par exemple. Ces jardins à l’anglaise sonneront le glas de Marie-Antoinette : pendant qu’elle passe sa vie à se créer un faux monde, la dure réalité d’un peuple en colère pousse en dehors, et les rumeurs enflent sur ces fêtes honteuses qui s’y déroulent. Jamais Marie-Antoinette n’aura vu la réalité en face, trop occupée qu’elle était dans sa bulle verdoyante…

 le Petit Trianon – le hameau de la Reine

le hameau de la Reine pour satisfaire le goût du rustique de la reine

Il s’agit d’un hameau d’agrément commandé en 1782 par Marie-Antoinette, emplie de nostalgie, souhaitant s’éloigner des fastes de la cour. La Reine voulait oublier son rôle de Reine, se plonger dans les conseils de Rousseau, et par conséquent vivre à la campagne. Ou pour être plus exact, dans une réplique de campagne. Richard Mique fait creuser un étang artificiel et ériger douze chaumières en bois. On y trouve de tout : une ferme avec de vrais animaux (tout de même !) pour produire du lait et des oeufs pour la Reine, une tour en guise de phare, un colombier, une grange, un moulin, un boudoir… La Reine a même sa maison, dont la décoration intérieure n’a rien de rustique… La Reine, désireuse de se transformer en véritable paysanne, pousse le jeu jusqu’à traire elle-même les vaches, qui luisent comme des jouets, astiquées par les domestiques. Et le lait tombe dans de la belle vaisselle en porcelaine de Sèvres… Les invités de la Reine doivent même s’habiller en paysans. Bref, on joue à la vie rustique, tandis que le peuple gronde dehors…


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1 - le hameau de la Reine

2 - le moulin avec sa roue décorative qui ne possède aucun mécanisme. Tout est factice mais devait plonger la Reine dans la vie rurale
3 - la maison de la Reine, avec un double corps de bâtiments reliés par une passerelle couverte.
4 - vue sur la tour de Marlborough, édifiée avec l’aspect d’un phare médiéval. Elle sert de stockage des outils de pêche

le Grand Trianon

Le Grand Trianon, ou Trianon de marbre, fut érigé par Louis XIV en lieu et place du Trianon de porcelaine. C’est Jules Hardouin-Mansart qui s’est chargé des travaux. Le bâtiment principal est divisé en deux ailes séparées par une galerie à colonnes appelée « le péristyle ». Ce château fut le lieu de résidence de plusieurs personnalités, comme Louis XIV, Pierre Ier, ou, plus récemment, le général de Gaulle, Nixon ou Elisabeth II. Louis XIV l’a voulu pour lui, pour être au calme un peu plus loin de la cour. Tous les extérieurs sont en marbre, afin de montrer la puissance royale, même si les intérieurs sont moins luxueux. Louis XV n’appréciera guère Trianon, qu’il utilisera surtout pour ses parties de chasse.

vue sur deux ailes du Grand Trianon avec les jolis parterres de fleurs. Le Nôtre fait placer à l’époque des milliers de pots qui peuvent être changés deux fois par jour au bon plaisir du Roi

le péristyle eut comme objectif d’inscrire le palais dans la nature. Cette galerie ouverte fait effectivement le lien entre cour et jardins. En 1818 Napoléon fait vitrer les deux côtés afin de rejoindre plus aisément son appartement et celui de l’impératrice, mais les baies sont retirées en 1910


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1 - vue sur le péristyle depuis la cour

2 -  Le salon des glaces avec sa vue sur le Grand Canal et son décor de miroirs est le plus beau de l’aile Sud. C’est ici que Louis XIV tenait conseil lors de son occupation du château entre 1691 et 1703. La décoration est d’origine, mais pas les meubles, dispersés lors de la Révolution.
3 - l’ancienne chambre de Louis XIV fut largement remaniée par la suite et séparée en deux pièces. Le lit est celui de Napoléon aux Tuileries, et c’est dans celui-ci que mourut son successeur Louis XVIII.

la longue galerie des Cotelle servait pour abriter les parterres du Trianon lors des rudes journées d’hiver. Elle possède onze portes-fenêtres du côté sud, et cinq de l’autre. La série de tableaux représente des vues des jardins de Trianon. C’est dans cette galerie, en 1920, que fut signée la paix avec la Hongrie, marquant la fin de la première guerre mondiale


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1 - le salon de musique est l’ancienne antichambre du premier appartement de Louis XIV. C’est ici que le roi prenait son souper. Il y avait des tribunes au-dessus des portes depuis lesquelles les musiciens de la Cour accompagnaient le repas. C’est Louis- Philippe qui en fit une salle de billard

2 - le grand salon de Louis-Philippe permettait au roi et à sa famille de se retrouver tous ensemble le soir pour jouer aux cartes, discuter, broder etc… confortablement installés dans les fauteuils capitonnés en jaune avec motifs bleus
3 - le salon des malachites doit son nom aux présents du tsar Alexandre Ier à Napoléon

le Grand Château

Lorsque l’on visite le château principal de Versailles, il faut s’attendre à passer par diverses phases de construction. L’itinéraire principal vous fera découvrir les grands appartements du Roi et ceux de la Reine, symétriques et reliés par la galerie des Glaces et les deux salons de la Paix et de la Guerre, la galerie des Batailles, la chapelle Royale, les appartements de Mesdames, et les appartements du Dauphin et de la Dauphine. Prévoyez du temps, d’autant que vous ne serez pas les seuls !

le Grand Château – la chapelle royale

La chapelle royale est un lieu incontournable de Versailles. Le Roi étant le représentant de Dieu sur Terre, son intermédiaire, tout dans la décoration de l’édifice doit rappeler cette idée. Elle ne fut achevée par Mansart qu’en 1710, et Louis XIV, qui en possédait une autre beaucoup plus petite à l’emplacement du salon d’Hercule, ne put en profiter que cinq ans. Le plan est simple : une seule nef à déambulatoire, mais une grande élévation vers le Ciel – et donc Louis XIV – qui assistait aux cérémonies depuis la Tribune. Le sol en marbres polychromes est splendide, tout comme la voûte peinte. Au-dessus des piliers de la nef se trouvent des Anges porteurs des instruments de la Passion du Christ. Le retable, lui, exprime la Résurrection. Sur la voûte, le Christ triomphe tandis que la colombe symbole du Saint-Esprit descend vers la tribune du Roi, qui devient donc, de facto, le relais sur Terre… Tout est bien organisé !

vue d’ensemble de la chapelle royale

détail de la voûte

une cérémonie bien huilée...  La messe avait lieu chaque matin à 10 heures précise. Le Roi, entouré de sa famille, y assistait du haut de la tribune, tandis que les dames de la Cour occupaient les latérales. Le public était dans na nef, que le Roi ne rejoignait qu’exceptionnellement pour les grandes fêtes religieuses, comme les baptêmes et mariages des Enfants de France. Les orgues, réputées dans toute l’Europe, faisaient résonner sans interruption des notes éthérées.

 le Grand Château – les appartements de la Reine

Contrairement aux appartements du Roi, qui furent vite délaissés dès Louis XIV, ceux de la Reine furent sans cesse occupés et donc connurent de nombreux changements.

L’antichambre du Grand Couvert : c’est ici que se prenaient les repas publics dont le rituel fastueux attirait beaucoup de monde. Ducs et duchesses, assis sur des tabourets, regardaient manger la famille royale, seule autorisée à prendre place à table. Louis XIV y venait tous les soirs. Plus tard, Marie-Antoinette, quant à elle, trouverait l’atmosphère beaucoup trop lugubre et demanda de la musique pour accompagner les repas.


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1 - la chambre de la Reine : pièce principale des appartements, la Reine, souvent accompagnée du Roi, y passait toutes ses nuits. C’est aussi là, suivant un protocole très précis, qu’elle faisait sa toilette. Cette chambre vit passer 19 accouchements d’enfants royaux, toujours en public. Lors de l’insurrection populaire de 1789, les émeutiers sont parvenus jusqu’à cette chambre, mais Marie- Antoinette a réussi à leur échapper de justesse en se faufilant par la porte dissimulée que l’on voit sur la gauche, qui donnait accès aux cabinets intérieurs.

2 - le salon des Nobles : c’est ici que Marie Leszczinska, épouse de Louis XV, donnait ses audiences, et y tenait son cercle de conversations avec les dames de la Cour. Les murs tapissés de damas vert sont une volonté de Marie-Antoinette.
3 - détail du plafond des Nobles
4 - Au débouché du vaste escalier de marbre de la Reine, on arrivait dans les grands appartements par cette belle salle des Gardes. Douze gardes du corps veillaient ici jour et nuit. La décoration du XVIIème siècle est d’origine, la Reine, n’y allant jamais, n’ayant jamais voulu moderniser la pièce. Juste à côté, la salle du Sacre était également affectée aux gardes. Les assaillants de 1789, venus réclamer du pain, ont débouché dans cette salle avant d’aller plus en avant, la Reine, prévenue par sa femme de chambre, ayant réussi à s’enfuir.

le Grand Château – les appartements du Roi

Il s’agit d’une prestigieuse enfilade de sept salons qui servait de cadre officiel aux réceptions du Roi. Toutes les pièces sont très richement décorées selon la mode italienne. L’Appartement était ouvert à tous. On pouvait y croiser le Roi lorsqu’il se rendait à la chapelle.

salon d’Hercule, vue d’ensemble

Même s’il ne fait pas à proprement parler partie des Appartements, le vaste Salon d’Hercule, le plus grand de tout Versailles, y est rattaché. C’est le lieu de passage obligé entre l’aile Nord et le bâtiment central. A l’époque de Louis XIV, il n’y avait pas de plancher et la pièce était la chapelle royale. Lors de la construction de la nouvelle, on la transforma donc en salon, en y installant le monumental tableau de Véronèse le repas chez Simon, peint pour un réfectoire de Venise en 1570. La toile fut offerte par le Doge de la Sérénissime afin que Louis XIV lui apporte son soutien contre les Turcs. L’immense voûte du plafond est due à François Lemoyne et représente l’Apothéose d’Hercule. Ce n’est pas une fresque comme cela se pratiquait en Italie, mais un ensemble de toiles marouflées. 142 personnages allégoriques expriment que la Vertu seule peut élever l’Homme au-dessus de lui-même.


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1 - Véronèse : Rebecca et Eliézer
2 - Véronèse : le repas chez Simon
3 - Lemoyne : l’Apothéose d’Hercule

On parvient ensuite au salon de Venus. Chacune des pièces de l’enfilade porte le nom d’une planète, et donc d’une divinité. Le mythe solaire est partout présent à Versailles. Lors des réceptions, des tables entièrement chargées de fruits rares étaient dressées. Il s’agissait d’impressionner les visiteurs. Venus est représentée au plafond sous les traits de la déesse de l’Amour. Les autres peintures mettent en scène des actions de héros antiques se rapportant à celles de Louis XIV. La décoration est très baroque, avec de nombreux trompe-l’oeil.

salon de Vénus

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1 et 2 - plafond du salon de Venus

Le salon de Diane servait de salle de billard certains soirs. Des estrades étaient alors montées pour que les Dames de la Cour puissent applaudir le Roi, très habile à ce jeu. Diane, soeur d’Apollon, était associée pour les Grecs à la Lune : la partie centrale du plafond la représente présidant à la chasse et à la navigation, devant une pleine lune. Les autres compositions ont toutes un rapport avec la chasse, dont Diane / Artemis était également la déesse. On connaît la passion du Roi Soleil pour la chasse. Louis XIV plaça au-dessus de la cheminée son buste en marbre réalisé vingt ans plus tôt par le Bernin.

salon de Diane


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1 - plafond avec Diane sur son char entourée des allégories des Heures nocturnes et du matin
2 - buste du Bernin, Louis XIV

Le salon de Mars fait référence à la guerre. Les gardes devaient s’y tenir mais finalement la pièce reçut de nombreux bals et soirées. Les pèlerins d’Emmaüs de Véronèse y est attaché.


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1 - salon de Mars
2 - les pèlerins d’Emmaüs, Véronèse
3 - plafond du Salon de Mercure
4 - plafond du salon d’Apollon

La chambre du Roi est la partie centrale de tout le château. Elle est située face au soleil levant, bien sûr ! Symbole de toute la monarchie, cette pièce était l’occasion de protocoles très soignés : chaque jour avaient lieu les cérémonies du « lever » et du « coucher ». C’est dans ce lit également que mourut Louis XIV après 72 ans de règne.

chambre du Roi


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1 - le salon de l’oeil-de-boeuf permettait aux courtisans d’attendre avant d’être introduits dans la chambre royale attenante

2 - le cabinet du conseil prit sa forme sous Louis XV

la journée du Roi...  Le cérémonial de la journée était très lourd et réglé minutieusement : tout commence avec le lever à 7h30 avec la valse des visites (médecins, familiers, favoris…). Le roi est lavé et rasé. Il y avait une centaine de personnes autour de lui, pour l’assister, l’habiller, lui donner le bouillon… Le Roi traverse ensuite la grande galerie des Glaces pour aller assister à la messe. Les conseils d’Etat ont lieu dès 11 heures suivis du repas à 13 heures, généralement en privé. Les après midi sont consacrés aux promenades ou à la chasse selon les volontés et les envies du monarque. De 18h à 20h il travaille de nouveau avec ses secrétaires. Le souper en famille et en public se déroule à 22 heures, avant le coucher à 23h30.

le Grand Château – galerie des Glaces, salon Paix et Guerre

Symbole de Versailles, copiée dans des châteaux du monde entier, la grande galerie des Glaces servait quotidiennement de lieu de passage, d’attente et de rencontres. Courtisans, favoris et visiteurs s’y pressaient en attendant une audience. Tout au long des 73 mètres, la galerie exalte la puissance de la monarchie : les trente peintures de la voûte, dues à le Brun, présentent les succès lors des premières années de règne de Louix XIV, jusqu’à la paix de Nimègue. Réformes, victoires militaires ou diplomatiques, tout y est traité de manière allégorique grâce à la mythologie antique. Les miroirs à l’époque sont signe de luxe et de prospérité : quel meilleur message alors envoyé à Venise, qui avait le monopole, que de placer les fameux 357 miroirs encastrés entre des pilastres de marbre ? Il est rare que la galerie ait pu servir de cadre pour des bals ou des soirées mondaines. On installait alors le trône royal à l’extrémité de la galerie, côté salon de la Paix. Les visiteurs devaient alors traverser sous les regards des courtisans amassés la totalité de la galerie… Ca devait impressionner ! Le bal masqué lors du mariage de Marie-Antoinette et de Louis XVI alors encore dauphin eut également lieu ici, ainsi que, plus proche de nous, le traité de Versailles de 1919.

un passage incontournable : la grande galerie des Glaces



Le salon de la Paix fait pendant au salon de la Guerre et se trouve au sud de la longue galerie. Plusieurs panneaux de marbre alternent avec des trophées d’armes de bronzes dorés. Le Brun a illustré la pièce d’allégories montrant les bienfaits de la Paix offerts par la France à l’Europe. Il fait partie des appartements de la Reine, et Marie Leszczinska y donnait des concerts de musique. Plus tard, Marie-Antoinette y tenait salon.

salon de la Paix

Le salon de la Guerre, partie Nord, est édifié par Mansart. Les victoires militaires ayant abouti à la paix de Nimègue y sont célébrées. Louis XIV à cheval est représenté foulant ses ennemis. Le plafond de Le Brun représente la France armée assise sur un nuage et entourée de Victoires. Dans les voussures sont placées les ennemies vaincues : l’Allemagne, l’Espagne et la Hollande. Dans le quatrième coin, la déesse de la guerre Bellone.

salon de la Guerre. A gauche, Louis XIV terrasse ses ennemis

le Grand Château – les salles premier empire

Au XIXème siècle, Versailles, sous l’impulsion de Louis-Philippe, devient musée de l’Histoire de France. C’est dans l’ancienne salle des Gardes qu’il fait installer les plus grands tableaux de son musée, deux oeuvres de Jacques-Louis David, le serment fait à l’empereur et le sacre de Napoléon, dont il existe une autre copie au Louvre.


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1 - salle des Gardes
2 - sacre de Napoléon, David

La galerie des Batailles fait partie de l’héritage le plus important de la partie musées historiques ; Une
trentaine d’immenses toiles célèbre des victoires françaises. Il s’agit d’un bel exemple d’aménagement de musée au XIXème siècle.

le Grand Château – les appartements du Dauphin et de la Dauphine

Situés au rez-de-chaussée, ces appartements étaient réservés à la famille royale. Ils ont été habités par le fils de Louis XV, le Dauphin, et sa seconde épouse Marie-Josèphe de Saxe.


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1 - grand cabinet de la Dauphine
2 - chambre de la Dauphine
3 - la bibliothèque du Dauphin
4 - la chambre du Dauphin
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France - Versailles, la démesure royale France - Versailles, la démesure royale Reviewed by RENOULT on 24 janvier Rating: 5

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