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Espagne - les villages des Alpujarras


Les villages des Alpujarras sont perchés sur les contreforts sud de la Sierra Nevada, à cheval sur les deux provinces de Grenade et d’Almeria. Zone de haute montagne à la sauvage beauté, surtout en cette fin d’hiver lorsque les sommets sont encore coiffés de neige, toute la région mérite une visite, tant les villages sont magnifiques. Certains sont tellement reculés qu’il faut du courage pour enchaîner les lacets d’une route difficile. Mais la récompense sera là…

un vieil homme profite des derniers rayons du soleil de la journée, dans une des ruelles du charmant village de Pampaneira

Pampaneira

Les Alpujarras sont un ensemble de profondes vallées, toutes d’orientation nord-sud, courant sur les contreforts sud de la Sierra Nevada. C’est une zone très fertile, et qui a donc de tous temps attiré les hommes. On voit sur la photo ci-dessous des amandiers en fleurs sur une terre rouge, très favorable aux cultures. Ces vallées reçoivent beaucoup d’eau, de la fonte des neiges au printemps mais aussi des nuages venus du large et de la mer proche. Les ruisseaux sont nombreux. L’ensoleillement, plein sud, est optimal. Tout est donc réuni pour faire des Alpujarras un des plus beaux jardins espagnols. Bien entendu, ces excellentes conditions climatiques sont quelque peu contrariées par le relief qui n’autorise pas de cultures intensives : il a fallu fournir beaucoup de labeur pour façonner la montagne en nombreuses terrasses et les irriguer ensuite…

amandiers en fleurs

Le petit village de Pampaneira, très touristique car un des premiers atteints à l’entrée d’une longue vallée, est aussi, il faut bien l’avouer, un des plus enchanteurs. Ses maisons blanches sont accrochées au-dessus de la gorge de Poqueira, qui descend directement des plus hauts sommets de la Sierra Nevada, au pied du Pico Mulhacen. Ses quelque 350 habitants vivent à un peu plus de 1000 mètres d’altitude. Pampaneira fait partie de ces quelques villages occupés par les Maures (voir l’encart historique juste en-dessous) lors de la chute de Grenade aux mains des rois catholiques Isabelle et Ferdinand.

petite ruelle en pente

Le nom de Pampaneira vient du latin « pampinaria » et signifie « producteur de petites grappes de raisin ». Des vignobles ont donc été installés ici depuis plus de 2000 ans. Mais la forme des ruelles et l’architecture des maisons sont clairement berbères, et ce sont bien les Maures qui donnèrent à ce village (et à bien d’autres des Alpujarras) ses lettres de noblesse, avec le développement d’un artisanat et d’une agriculture de qualité. L’élevage des vers à soie était ainsi développé à Pampaneira. Les chrétiens de Galice et de Leon réinvestirent ensuite les lieux.




C’est un grand plaisir de déambuler dans ces ruelles aux murs blanchis à la chaux, avec ce contraste saisissant du ciel au bleu profond. On a l’impression que les villages des Alpujarras font corps avec la nature environnante. Les maisons sont toutes orientées plein sud pour profiter au maximum du soleil. Certains sont construites les unes sur les autres, comme de gros cubes, et la terrasse de l’une sert de toit à celle du dessous, là encore marque de fabrique typiquement berbère. De nombreuses maisons ménagent également des passages voûtés qui donnent un charme fou aux ruelles.


Quant aux matériaux de construction, étant donné l’isolement important de ces villages, ils n’ont pas été importés mais ont tous été pris sur place : paille, boue, bois, pierre et ardoise sur les toits. Le blanc est toujours de rigueur sur les façades, c’est la couleur la plus simple et elle garde la fraîcheur l’été. Signalons enfin que, comme dans tous les villages des Alpujarras, la norme est aux maisons à deux étages : la partie basse sert d’étable pour les animaux et le premier niveau est pour les membres de la famille, avec deux chambres généralement.

Capileira

Capileira, que l’on voit à gauche depuis Bubion, est le plus élevé du chapelet de trois villages des gorges de la rivière Poqueira. Lui aussi possède de charmantes ruelles aux maisons blanchies à la chaux. Son église du XVIème siècle, que l’on voit bien sur la photo de droite, est, comme bien souvent dans ces villages anciennement habités par les Maures, un minaret transformé en clocher.


Petite place au coeur du village avec une fontaine. L’eau, omniprésente dans les Alpujarras, d’une pureté légendaire, directement issue des neiges de la Sierra Nevada, a de tous temps joué un rôle capital dans le développement de ces villages. Les arabes sont devenus experts dans l’acheminement de ce précieux liquide, au travers tout un réseau de canaux d’irrigation datant de la période almohade. Chaque village possède de nombreuses fontaines, lavoirs, réservoirs… Certaines sources sont également exploitées et l’eau mise en bouteille.


Petite histoire des Alpujarras... Cette région montagneuse a vu passer beaucoup de peuples dans son histoire : les Ibères, les Celtes, les Romains, les Wisigiths, puis les Arabes au VIIIème siècles, tous s’intéressèrent à ces terres fertiles bien arrosées. C’est d’ailleurs dans ces vallées que les Maures se réfugièrent à la fin de la Reconquista, à la chute du dernier califat de Grenade. Ils furent autorisés par les catholiques à rester dans les villages, dont le style, on le verra plus bas, ressemble beaucoup à ceux d’Afrique du Nord (toits en terrasses). Mais au bout d’un siècle, ces maures gênaient et il fut décidé de les expulser en 1568, après avoir pris soin, bien entendu, d’exiger d’eux d'expliquer aux nouveaux habitants leurs fantastiques techniques de construction des maisons et d’irrigation… Si les historiens ne sont pas tous d’accord sur la signification du mot « Alpujarras », on est certain en revanche que ce sont les arabes qui ont appelé ainsi cette région.

Bubion

Même si l’on a retrouvé à Bubion des preuves d’une occupation remontant à la période romaine, ce sont encore les arabes qui ont donné au village la physionomie qu’on lui connait. Plus qu’ailleurs, en flânant dans ce chouette village, on a l’impression d’être ailleurs, dans l’Atlas marocain par exemple : les toits plats sont typiquement berbères, et les champs cultivés en terrasses entourant les maisons apportent un charme fou. Tout porte l’empreinte maure ; il faut prendre le temps de déambuler dans les ruelles en pentes, alors que le soleil vient faire briller les morceaux d’ardoise sur les toits.

toits plats de Bubion

Avec leur long passé d’isolement au coeur des montagnes, ces villages des Alpujarras ont conservé de nombreuses traditions et modes de vie séculaires : jusqu’à très peu, les femmes allaient laver le linge aux lavoirs publics, lieux de rencontres et de vie communautaire où l’on discutait et échangeait. La terre, dans ce paysage escarpé, est travaillée à la main et longtemps les hommes n’ont pu compter que sur les chevaux, les ânes et les mulets. D’ailleurs, on croise encore beaucoup d’animaux dans les villages, encore bien pratiques pour aider les habitants, tel ce cheval ci-dessous qui transporte du bois de chauffage.

cheval dans une ruelle de Bubion


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1 - le soleil se couche sur Bubion
2 - un des nombreux passages voûtés si fréquents dans ces villages
3 - les derniers rayons de soleil s’attardent sur Bubion et sur les hauts sommets de la Sierra Nevada

Trevelez

La grosse bourgade de Trevelez est difficile d’accès, elle se mérite et possède son petit record : c’est la plus haute commune d’Espagne, à 1750 mètres. C’est ici, sans surprise, que les derniers maures repoussés par les rois catholiques se réfugièrent au XVème siècle. La partie haute du village est aussi la plus typique. Ce village tirerait son nom de trois frères, les « trois Velez », qui auraient chacun fondé un quartier : le haut, le medium et le bas, toujours existants aujourd’hui.

vue générale du village de Trevelez


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1 - partie haute du village
2 - détail du rez-de-chaussée d’une maison
3 - ruelle de Trevelez
4 - scène de vie
5 - Le meilleur ami de l’Homme au travail…

Le village de Trevelez est connu dans tout le pays pour ses jambons. Au printemps, il n’y a pas une habitation qui n’ait ses jambons en train de sécher devant les fenêtres. L’air très sec de la montagne est en effet propice au séchage. Quant aux températures fraîches dues à l’altitude, elles permettent de bien les conserver. D’ailleurs, chaque maison du village possède une pièce aérée pour l’entreposer. Ce jambon est si célèbre que sa notoriété dépassa les frontières du pays : Elisabeth II, Napoléon ou encore Salvador Dali en étaient friands !

les premiers rayons de soleil viennent réchauffer l’air de ce mois de février

Ferreirola

Juché à 1080 mètres d’altitude, ce minuscule village de style maure est totalement à l’écart de la route principale conduisant à Trevelez et est par conséquent un havre de paix loin des touristes (bon, en février, même à Trevelez il n’y avait personne…). Là encore on retrouve la tranquillité des petites ruelles en pente et les nombreux passages voûtés.


somptueuse petite ruelle dans le bas du village
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Espagne - les villages des Alpujarras Espagne - les villages des Alpujarras Reviewed by RENOULT on 09 décembre Rating: 5

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