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Croatie - Split, sur les traces de Dioclétien



Split est une grosse ville, la deuxième du pays, qui, lorsqu’on l’aborde depuis ses quartiers de barres d’immeubles, ne laisse pas présager du petit trésor de son vieux centre, classé au patrimoine mondial de l’humanité. Car Split est une ville très ancienne, colonie grecque d’abord, puis surtout romaine avec l’empereur Dioclétien qui marqua pour toujours la cité, avec son fameux palais. Split regorge de splendeurs antiques, et est vraiment une ville agréable.

vue plongeante depuis le sommet de la cathédrale sur le peristyle de l’ancien palais de Dioclétien


Palais de Dioclétien

Split tire son nom d’un petit arbuste épineux très présent dans la région, le Calicotome spinosa, qui donna son nom à la première colonie grecque Aspalathos. Les Romains l’appelèrent Spalatum, puis Spalatro au MoyenAge… puis Split en slave ! C’est Dioclétien qui marqua à jamais cette ville. Nous sommes au IIIème siècle après J.C. L’empereur, fatigué du pouvoir, ayant déjà failli mourir d’une maladie, décide de se retirer de la vie politique et de se faire construire un lieu de retraite non loin de sa ville natale, Dioclée (aujourd’hui au Montenegro) et tout proche de Salona, capitale de la province romaine de Dalmatie.

palais de Dioclétien, le mur côté mer

Alors à quoi ressemblait ce palais ? Dioclétien le veut comme un vaste ensemble fortifié comme un camp militaire, de 160m sur 190m. Il combine les qualités d’une luxueuse villa avec ceux du camp, avec d’immenses portes et tours de guet. En son temps, il abritait 9000 personnes ! Une vraie ville (ce que le palais est d’ailleurs aujourd’hui, une ville dans la ville). Seul le côté sud, donnant sur la mer, est fortifié : une étonnante galerie à arcades que l’on devine bien de nos jours s’étire sur toute la longueur. Quatre portes au total, une de chaque côté, celle donnant sur la mer étant la plus petite et la plus simple (entrée privée de l’empereur pour sortir incognito). On retrouve cette dualité palais/camp militaire à l’intérieur, car l’axe est-ouest (le decumanus) délimite deux espaces très différents, ce que l’on voit bien sur le plan : dans la partie sud se trouvaient les structures les plus luxueuses, appartements impériaux, bâtiments publics, privés, religieux. C’est dans cette partie sud que se trouvait aussi le mausolée de l’empereur, aujourd’hui la cathédrale. Quant à la partie nord, elle est beaucoup moins bien conservée, et devait servir pour loger les soldats, les domestiques, et peutêtre
aussi d’autres installations. Signalons enfin que si les matériaux de construction étaient le calcaire et le marbre réputé de l’île de Brac, les éléments de décoration, eux, furent ramenés pour la plupart d’Egypte.


Les appartements de Dioclétien proprement dit étaient accolés au mur sud, et disposés sur un soubassement, rendu nécessaire pour compenser la pente qui s’accentuait vers la mer. Ces soubassements, longtemps remplis de détritus au fil des siècles suivants, sont un vestige inestimable que l’on visite aujourd’hui, et qui permet de s’imaginer la disposition des pièces au-dessus. Nous y reviendrons plus bas.


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1 - plan du palais de Dioclétien
2 - Vue sur la ville et au loin sur les premières montagnes, depuis la cathédrale érigée sur la partie nord du palais.
3 - à l’entrée du palais de trouve cette étonnante tour-horloge gothique
4 - sphinx ramené d’Egypte sur la place du peristyle. Plusieurs statues de ce type ont été retrouvées…

A la croisée des deux axes principaux, cardo et decumanus, se trouve une élégante place rectangulaire de 35 mètres sur 13 bordée d’une colonnade sur trois côtés : le peristyle, qui marquait l’entrée des appartements impériaux. Les colonnes hautes de cinq mètres sont en granit rouge d’Egypte pour douze d’entre elles et en marbre pour les autres. Ces trois colonnades sont en fait les façades de trois monuments : vestibule des appartements au sud, le porche du mausolée à l’est (aujourd’hui la cathédrale) et, à l’ouest, le temenos du temple de Jupiter. L’été, de nombreux spectacles de rue se déroulent sur cette place millénaire.

peristyle du palais

la partie la plus élégante du peristyle est donc la façade sud donnant sur les appartements de l’empereur. Quatre monumentales colonnes rouges sont surmontées d’un fronton dont l’architrave forme une arche dans sa partie centrale. Cette même structure se retrouve sur les autres côtés, créant ainsi une véritable unité architecturale entre les divers éléments. L’accès au porche depuis la place se faisait par les deux volées de marches que l’on a encore de part et d’autre, conduisant à deux entrées latérales. Au centre, un escalier, descendant celui-ci, permettait d’accéder au niveau inférieur, puis, via un long tunnel, à la porte sud donnant sur la mer. Les deux petites chapelles entre les entrecolonnements latéraux sont un rajout de la Renaissance : c’est ça, Split, une impression de maelstrom culturel !


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1 - peristyle – détail
2 - autre sphinx, élément de décoration. Celui-ci était à l’origine placé en face du premier que nous avons vu plus haut, près du mausolée…

le palais – les soubassements

Les pièces d’habitation de l’empereur étaient situées sur d’autres pièces, souterraines celles-là, qui ont été parfaitement conservées et servaient de soubassement. Ce labyrinthe vaste et sombre, qui se visite intégralement, permet d’avoir une idée précise de l’agencement du palais, puisque c’est l’équivalent souterrain de ce dernier ! Les hautes voûtes font huit mètres. On passe ainsi des chambres au triclinium (salle à manger), en passant par la salle d’audience.


De nombreux puits de lumière ont été ouverts sur l’extérieur. Durant des siècles, après  l’abandon du palais, ces salles ont servi de poubelles et ont même été entièrement comblées de détritus !! Et c’est ce qui leur a valu d’être préservées…

soubassements du palais de Dioclétien




Temple de Jupiter

La partie ouest du palais de Dioclétien était occupée par un autre temenos (espace sacré) de 44 mètres de longueur, comprenant un petit temple classique et deux autels. Seul le temple est conservé : l’entrée est tournée vers le peristyle et l’édifice est édifié sur un podium de 2,5 mètres de hauteur. Il ne reste absolument rien du pronaos, et donc de la façade. Ce que l’on voit était donc à l’intérieur du temple, la cella, pièce sacrée qui contenait la statue de la divinité. Les murs extérieurs sont encadrés de quatre pilastres avec chapiteaux. La monumentale porte de six mètres de haut est richement sculptée. Quant à la corniche corinthienne, elle possède plusieurs têtes de divinités.

détail du baptistère


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1 - la voûte en berceau de la chambre du temple …
2 - temple de Jupiter
3 - A l’intérieur, on ne sait pas ce qu’est devenue la statue de la divinité…


la cathédrale

Retournons au peristyle, véritable coeur du palais : sur le côté est maintenant, se trouvait le mausolée de l’empereur, transformé depuis en cathédrale Saint Domnius. C’est donc un monument hybride que l’on observe aujourd’hui, avec la colonnade et le bâtiment octogonal qui remonte à Dioclétien, et le reste à l’époque chrétienne (clocher du XIIIème siècle). Le mausolée, ensemble le mieux préservé du palais, est bien visible sur la photo ci-dessous : c’est un octogone de sept mètres de côté dont les murs de trois mètres d’épaisseur reposent sur un podium surélevé. 24 colonnes entourent le tout.

cathédrale Saint Domnius

L’intérieur est donc un bien curieux mélange qui a traversé les siècles : la chambre du mausolée fait 13 mètres de diamètre pour une hauteur de 21 mètres. Au niveau du sol, les côtés sont occupés par des niches toutes séparées par huit grandes colonnes de granit rouge d’Assouan, ramenées d’Egypte à la demande de l’empereur. Les chapiteaux corinthiens sont à leur tour surmontés par huit autres colonnes, plus petites, quatre de porphyre et quatre de granit gris d’Egypte. Cet ensemble de deux niveaux de colonnes n’a aucune fonction de soutien mais est purement décoratif. La hauteur atteint 13 mètres. Vient ensuite la haute coupole romaine en brique, non percée en son centre d’un oculus comme pour le Panthéon de Rome.


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1 - cathédrale Saint Domnius
2 - intérieur de l’église
3 - chaire romane du XIIIème siècle
4 - la magnifique porte d’entrée de la cathédrale, en bois finement ciselé et représentant des scènes de la vie du Christ, remonte à 1214
5 - la crypte. Un puits a été aménagé en son centre. On ne connait pas bien la fonction de cette pièce qui, les archéologues en sont sûrs, n’abritait pas le tombeau de l’empereur

à l’extérieur du palais

A l’ouest du palais se trouve la jolie place Brace Radic, dont le côté sud est bordé par des tours du XVème siècle (photo ci-dessous). Au centre, la sculpture d’un poète croate, Marko Marulic, est signée Ivan Mestrovic, la star nationale. A l’arrière-plan, le palais baroque Milesi.


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Croatie - Split, sur les traces de Dioclétien Croatie - Split, sur les traces de Dioclétien Reviewed by RENOULT on 02 décembre Rating: 5

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