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Bolivie - Potosi, les mineurs de Cerro Rico



La ville de Potosi est une des plus hautes au monde, perchée à 4090 mètres. Autant dire qu’une simple promenade dans ses larges ruelles suffit à vous essouffler en quelques minutes. Autant dire, surtout, les conditions inhumaines dans lesquelles travaillent les mineurs de Potosi dans les entrailles du Cerro Rico (la « montagne riche ») qui domine la ville… Car Potosi est surtout mondialement connue pour ses mines d’argent, et cela depuis le XVIème siècle. Les anecdotes morbides sont légion : Potosi, riche ville espagnole, a prospéré grâce au malheur et à la servitude. On ne peut se passer, nous touristes, de descendre dans les mines : cela n’a aucunement un effet de voyeurisme ; au contraire, les mineurs sont demandeurs de ces visites car nous leur apportons de la dynamite (pour étendre les galeries) ou des feuilles de coca (pour lutter contre l’altitude et comme effet coupefaim) que nous avons achetées à la surface. Pour ce long passé de ville minière et l’ensemble de son architecture coloniale, la ville de Potosi a été classée au patrimoine mondial de l’Unesco dès 1987.

vue sur le Cerro Rico dominant la ville de ses 4800 mètres. Colline riche, littéralement, qui fit l’objet d’une exploitation continue depuis le XVIème siècle, se pousuivant aujourd’hui à un rythme moindre. La montagne est devenue un vrai gruyère, et les risques d’éboulement sont considérables !


Potosi la ville

La ville fut fondée en 1546 et prospéra tellement vite qu’elle atteint la population de 200 000 habitants, en faisant une des principales cités dans le monde ! Aujourd’hui encore une expression espagnole rappelle ces temps de richesse : « valer un potosi » : valoir une fortune…(équivalent français de « c’est le Pérou ! »). Potosi est mentionnée comme « ville aux immenses richesses » dans le célèbre Don Quichotte de Cervantès. En deux siècles, la montagne a lâché 45 000 tonnes d’argent pur, qui partait ensuite dans le monde entier, et servait à frapper la monnaie.


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1 - le Cerro Rico domine la ville
2 - tout respire la richesse passée à Potosi : larges rues piétonnes, maisons coloniales richement décorées


les mines de Cerro Rico

L'argent des mines était extrait par les Indiens autochtones quechuas, qui moururent par millions des conditions de travail effroyables : effondrement des tunnels, problèmes respiratoires dus à la poussière, à l’amiante etc… Pour pallier à ce problème, les autorités espagnoles firent venir (importèrent pourrait-on dire…) des milliers d’esclaves noirs à partir de 1608. Ils usaient leur santé dans la mine mais aussi dans l’usine à battre la monnaie. La légende dit qu’on peut construire un pont d’argent entre Potosi et Madrid avec tout ce qui a été extrait, mais que le retour n’est plus qu’un pont d’os humains. L’espérance de vie des mineurs est très faible, ils meurent tous 10 ans après avoir commencé leur travail. Les conquistadores envoyaient tout le monde sous terre, depuis leur plus jeune âge, si bien que certains ne voyaient jamais la lumière du jour. Il y a quelques années, un mineur a réussi (une première !…) à atteindre l’âge de la retraite et a touché de l’argent de la coopérative… On estime le nombre de morts à 6 millions !! Triste record…

une vue générale de Potosi depuis le Cerro Rico


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1 - Nous nous arrêtons pour acheter des présents pour les mineurs, comme de la dynamite, des feuilles de coca (coupe-faim efficace), de l’alcool très fort, des cigarettes…
2 - Puis on file s’habiller (bottes et casque) pour monter au belvédère qui domine la ville à 4300 mètres. On distingue très bien les différentes parties de la ville.
3 - démonstration d’une explosion de dynamite utilisée sous terre.

Et pourtant, tout n’avait pas commencé ainsi… Durant l’époque précolombienne, le Cerro Rico, qui n’avait pas cette physionomie de montagne-gruyère, était un lieu sacré. C’était même, pour les Incas, un des lieux les plus saints de tout l’empire, et de nombreux sacrifices s’y déroulaient au sommet, sur un temple, en l’honneur du dieu Pachamamac. En 1545, avec l’arrivée des conquistadors, tout va changer, et par hasard : des espagnols auraient par inadvertance mis au jour un filon d’argent, et la nouvelle se répandit bien vite dans tout le royaume, d’autant plus que quelques fouilles superficielles démontrèrent que toute la montagne contenait de ce métal précieux ! Et tout s’emballe : la ville se construit au pied, et la roche est percée de toutes parts. Aujourd’hui, on dénombre plus de 600 mines dans ce gruyère géant, qui n’a pas pour autant perdu son côté religieux, comme nous le verrons plus loin, sous terre, avec le culte du Tio.


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1 - entrée d’un tunnel vertical pour y descendre du matériel
2 - détail du plafond amianté d’une galerie

dans l’enfer de la mine… 



Il y a plus de 600 trous ; nous irons dans un seul, ce qui est largement suffisant pour se rendre compte des conditions de travail. Irrespirable, avec amiante qui tapisse les murs et tout le tralala. J’ai beaucoup de mal à respirer. On voit plusieurs mineurs, à qui l’on offre nos présents. De temps à autres, nous nous retrouvons nez à nez avec le Tio, ce diable espagnol que les mineurs honorent (en le faisant fumer par exemple…) et qui est censé les protéger. La progression est difficile sous terre. Tout est fait à la main dans la mine, pas de wagons ni de machines pour aider. Parfois, des puits béants crèvent jusqu’à la surface pour remonter les gravats. Il y a en a même un de 100 mètres, sans aucune protection, que l’on longe… la folie !

Nous croisons donc ces mineurs de l’extrême qui travaillent sous terre pour gagner de quoi juste nourrir leur famille. Les couloirs sont très étroits, on se croise difficilement, et l’air est irrespirable entre la poussière et la chaleur éprouvante (plus de 30 degrés). Aucune femme ne peut pénétrer dans les mines, car cela serait (les traditions tenaces…) un signe néfaste et le filon d’argent s’épuiserait immédiatement.

mineur de Potosi

Peinture de l’époque coloniale aujourd’hui conservée dans la Maison de la Monnaie, à Potosi.
Cette toile est intéressante car elle montre le Cerro Rico assimilé à la Vierge Marie : c’était pour les Espagnols un moyen de justifier l’emploi des esclaves et de la population indigène pour exploiter
les mines. C’est une nécessité divine. Au premier plan, le Roi d’Espagne fait face au pape et tous deux remercient la Vierge de leur donner une si grande abondance d’argent. Au coeur de la montagne, l’artiste a représenté l’espagnol qui a découvert par hasard le filon. Le synchrétisme religieux est marqué par la présence de part et d’autre de la fondamentaux de la cosmologie inca. D’ailleurs, la Vierge semble surgir du sol comme le fit Pachamama, la déesse inca de la Création.



Mâcher la feuille de coca (photo ci-dessous) est une tradition séculaire en Amérique du Sud. Cette plante, dont on extrait la cocaïne, est utilisée en médecine mais aussi de façon rituelle. De nombreuses molécules rendent sa mastication utile pour les habitants des hautes montagnes, et ces vertus sont connues depuis des siècles. En particulier, la coca a des vertus sur la circulation sanguine et permet de lutter efficacement contre le mal des montagnes. Elle déshydrate les voies respiratoires, ralentit la tachycardie, facilite l’oxygénation, et apporte de l’énergie. C’est donc un parfait coupe-faim. Vous croisez un homme avec une boule dans la bouche qu’il mastique ? C’est de la coca ! D’ailleurs, utilisée depuis 5000 ans, elle serait, d’après les Incas, fille de la Pachamama elle-même. Quand les espagnols arrivent en Amérique du sud, ils interdisent purement et simplement son utilisation, considérée comme diabolique. Mais ils changent vite d’avis, ayant compris le rôle de stimulant de la plante et l’amélioration du rendement dans le travail… Les incas la consomment aussi en tisane.


Mais la cocaïne alors ? Cette drogue utilise des composés extraits de la plante, effectivement, et c’est pour cette raison que les Etats-Unis souhaitent son éradication en Amérique du Sud. Car la coca, en dehors de ces pays, est transformée. Mais les habitants qui la consomment depuis des millénaires, eux, sont très loin de consommer de la drogue ! (la célèbre boisson coca-cola contenait à l’origine des extraits de feuilles de coca…). Il est facile de se procurer des t-shirt proclamant : ‘la hoja de coca no es droga’. C’est donc une lutte qui s’est engagée entre production traditionnelle et production illégale pour les trafiquants.

un mineur mâche la coca

Finissons cette descente aux Enfers en rendant visite au personnage incontournable de toute mine à Potosi : le Tio (ou « oncle » en français). C’est un personnage dont le nom dérive de « dieu », crée par les Espagnols. Le Tio, c’est le protecteur de la galerie, et on doit venir lui offrir des cigarettes ou des feuilles de coca à chaque descente sous terre, ou alors, tel un Diable des Enfers (c’est ainsi qu’il est représenté), il provoquera un malheur. Chaque mine possède le sien. On voit bien que depuis ces millénaires, la montagne Cerro Rico a toujours conservé un aspect religieux bien ancré…

le Tio
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Bolivie - Potosi, les mineurs de Cerro Rico Bolivie - Potosi, les mineurs de Cerro Rico Reviewed by RENOULT on 18 novembre Rating: 5

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